« Turangalîla-Symphonie », concert monumental!

La « Turangalîla-Symphonie » d’Olivier Messiaen compte parmi les œuvres majeures de la musique du XXe Siècle. Elle est certes connue des mélomanes, mais ses enregistrements ne sont pas si fréquents, pas plus que ses interprétations en direct. L’effectif qu’elle requiert l’explique principalement : quelques cent musiciens et tout un bataillon d’instruments de percussion. Le théâtre de Caen a offert ce privilège à son public, avec le concours de l’Orchestre national de France, conduit par Cristian Macelaru, et de deux solistes d’exception, Cynthia Millar et Cédric Tiberghien. 1 h 20 de musique totale. Époustouflant.

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Magdalena et les albums du père Cantor

Seconde épouse de Jean-Sébastien Bach, Anna Magdalena Wilcke vécut près de trente auprès de celui qu’elle appelait « la musique sur terre ». La musique justement ne cessa d’accompagner leur amour, à l’épreuve de morts d’enfants, de difficultés financières. Un spectacle intime imaginé par Agathe Mélinand évoque avec finesse le destin de cette femme exceptionnelle. Il se déroule comme on feuillette son Petit livre de musique que lui avait offert son Cantor de mari. Cette évocation par deux comédiennes, une claveciniste et un pianiste, a été chaleureusement accueillie dans les foyers du théâtre de Caen. Trois soirées à guichet fermé.

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Motets et Symphony anthems, l’entente cordiale

Sébastien Daucé n’a de cesse avec son ensemble Correspondances d’explorer le répertoire baroque par des sentiers inattendus. Son travail remarquable qui a donné « Le Concert Royal de la Nuit » en est l’exemple emblématique. Et plus récemment, l’étonnant « Combattimento ». Avec « Au service de Sa Majesté », il réunit un programme de pièces vocales anglaises influencées par la musique française. On connaît Purcell, mais beaucoup moins son professeur, Pelham Humphrey, météore surdouée, à la destinée d’une rock star…

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La proclamation de la République de Cromwell sonne le glas de la musique en Angleterre. Le puritanisme ambiant impose de faire taire les voix et les instruments. On connaît cela encore aujourd’hui sous des régimes obscurantistes. Sous Cromwell, cela ne durera qu’une décennie, pendant laquelle le roi Charles II est contraint à l’exil.

Notamment accueilli en France, chez son cousin Louis XIV, le roi anglais en retient le modèle de la Chapelle Royale. De retour à Londres, en 1660, le monarque  incite ses compositeurs à revoir leurs partitions. Succédant progressivement au style élisabéthain, un nouveau répertoire émerge. Il associe politique et religion.

Les grands motets de Pierre Robert ou de Henry du Mont, trouvent leurs symétries dans les « symphonies anthems » de Henry Cooke, inventeur du genre, de Pelham Humphrey ou de John Blow. Tous sont familiers de l’art musical français.

Humphrey présente le parcours le plus singulier. Adolescent prodige, mais doté, paraît-il, d’un caractère extravagant et capricieux, il est envoyé parfaire ses études à la cour de France. On est encore au Louvre _ la construction du château de Versailles vient de commencer _, le jeune musicien étudie auprès de Lully. De retour en Angleterre, il a comme élève Henry Purcell.

En dépit d’une mort prématurée, à l’âge de 27 ans, Humphrey marque durablement les générations à venir. Le programme retenu par Sébastien Daucé lui fait la part belle, en même temps qu’il s’inscrit dans une chronologie didactique. Deux motets de, respectivement Henry Du Mont et Pierre Robert, servent de référence.

Les œuvres qui suivent, signées de Pelham Humphrey, John Blow et, pour finir, Purcell témoignent de cette « entente cordiale » musicale entre motets, chantés en latin, et Symphony anthems, chantés en anglais. L’orchestre et le chœur de Correspondances font une interprétation saisissante de ces pages magnifiques.

La cohésion des voix fait preuve d’un bel esprit pupitres, accompagnés par un tout un florilège d’instruments à cordes. L’intervention d’un basson, de l’orgue et de deux hautbois inscrit un contrepoint pertinent. Du chœur sont issus quelques solistes. Ainsi de la ligne des basses, se distinguent, à tour de rôle, Tristan Hambleton, Adrien Fournaison, Thierry Cartier, ou encore, fidèle membre de Correspondances, Etienne Bazola.

Fidèle comme la mezzo-soprano Lucile Richardot, qui donne la réplique au jeune ténor Oscar Golden-Lee et, ouvre en deuxième partie de programme par une chanson de Pelham Humphrey. « Lord I have Sinned » fait partie d’un répertoire, lui aussi tiré de psaumes, mais destiné à une écoute en famille.

D’abord accompagné par les seuls théorbe et basse de violon, que rejoignent ensuite basse et dessus de viole, le chant de Lucile Richardot est somptueux de nuances et de clarté. Sans péché…

« My Heart is inditing » de Henry Purcell boucle ce programme. L’œuvre est introduite par un grand moment symphonique, avant que, lancé par la voix de Mathilde Ortscheidt, le chœur ne s’épanouisse pleinement. L’identité de Purcell est immédiatement perceptible.

Le compositeur n’a eu que peu de temps pour assimiler l’héritage d’Humphrey. Mais, il a trouvé son style. Et pour nous en convaincre, Sébastien Daucé choisit de bisser la fin de l’introduction symphonique et les premières pages du chant. De chœur français à chœur anglais, l’entente cordiale, on vous dit.

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Concert donné le samedi 7 janvier 2023, au théâtre de Caen.

 

 

 

Justin Taylor, le clavier bien tempéré

Evidemment, on ne pouvait prévoir que le récital de Justin Taylor coïnciderait avec la demi-finale du Mondial, France-Maroc ! On peut être mélomane et amateur de football. Difficile quand même de ne pas céder au plaisir d’entendre le jeune surdoué du clavecin dans un programme Rameau, ce soir-là dans les foyers du théâtre de Caen. Lui-même n’est pas insensible au ballon rond. Et de façon prémonitoire, il a inscrit dans ses bis une « Marseillaise » enjouée. Au même moment, à peu près, Randal Kolo Muani, à peine entré sur le terrain, marquait le deuxième but expédiant les Bleus en finale !…

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Un cornet qui ne laisse pas de glace!

À  un peu plus d’une semaine d’intervalle, le théâtre de Caen a fait résonner la musique vocale italienne, si riche d’inventivité et de séduction à la jointure des XVIe et XVIIe siècles. Il y a d’abord eu La Guilde des Mercenaires, conduite par le corniste et enfant du pays, Adrien Mabire, dans un programme intitulé « La Légende Noire », consacré au sulfureux Carlo Gesualdo. Puis, dans l’église Notre-Dame de la Gloriette, le Poème Harmonique de Vincent Dumestre, qui a interprété de magnifiques pages de Monterverdi à Allegri, regroupées sous le titre « Anamorfosi ».

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« Le Miroir de Jésus », la spiritualité de Caplet

André Caplet (1878-1925) fait partie de ces compositeurs représentatifs de l’essor de la musique française à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Ce musicien doué, précocement reconnu par ses pairs, reste encore assez peu joué, y compris dans sa région natale _ il est originaire du Havre. L’Orchestre régional de Normandie comble cet oubli relatif avec le chef d’œuvre, quasi testamentaire, de Caplet, « Le Miroir de Jésus ». L’église Notre Dame de la Gloriette, à Caen, en a offert un cadre propre à une écoute instantanément captée.

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Franck et Les Siècles : Ave César

Après Camille Saint-Saens, dont 2021 marquait le centenaire de la disparition, un autre compositeur est mis à l’honneur cette année, César Franck, dont on célèbre le bicentenaire de la naissance (1822-1890). Cela mérite bien un salut. Du musicien franco-belge, on retient surtout son œuvre pour orgue et son quintette. C’est oublier de magnifiques pages orchestrales et concertantes. François-Xavier Roth et sa formation  Les Siècles entreprennent de les faire redécouvrir en compagnie du merveilleux pianiste Bertrand Chamayou. La Symphonie en ré reste la pièce la plus jouée de César Franck. Unique aussi dans sa production, elle complétait le programme de ce concert accueilli au théâtre de Caen.

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« Route 68 » et l’indicateur des partitions

Quinzième étape de l’intégrale des quatuors de Joseph Haydn, les Cambini-Paris poursuivent leur « Route 68 » dans les foyers du théâtre de Caen. Comme à l’habitude, l’audition de trois opus est agrémentée d’un thème. Cette fois, avec  pour titre « Du graveur au musicien », il s’agit des partitions. Entre l’intention du compositeur et la pression de l’éditeur, il peut y avoir des différences du manuscrit à la publication. C’est le rôle de la musicologie d’arriver à proposer un document qualifié « d’historiquement informé ». Julien Dubruque est responsable éditorial au Centre de musique baroque de Versailles. Il était l’invité de cette nouvelle session. Lire la suite « Route 68 » et l’indicateur des partitions

Un grand « huit » en clôture à Deauville

Le dernier concert du 26e Festival de Pâques de Deauville a été dédié à Nicholas Angelich, décédé deux semaines plus tôt, le soir du lundi pascal.  Dans un message transmis par vidéo, Renaud Capuçon a salué, ému, la mémoire du pianiste, co-fondateur comme lui du festival deauvillais. À un immense talent d’interprète, Nicholas Angelich associait un tempérament bienveillant, d’une grande bonté. À l’issue de leur récital à quatre mains, les pianistes Ismaël Margain et Guillaume Bellom ont souscrit au portrait de cet artiste, qu’ils ont aussi connu et apprécié comme professeur. De même, au terme de l’Octuor de Mendelssohn, Yan Levionnois, a, au nom des deux quatuors Hermès et Hanson, témoigné de tous les bienfaits recueillis par celles et ceux qui ont côtoyé ce pianiste si attachant.

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Le Consort et les trois claviers

On sait Mozart (1756-1791) une valeur sûre. Le Festival de Pâques de Deauville  est attentif à la découverte de répertoires. Mais il a aussi soin de doser ses programmes. Le prodige de Salzbourg satisfait sans conteste un public, moins porté sur les compositeurs du XXe siècle. Cette soirée du dernier jour d’avril avait tout pour lui plaire avec un choix d’œuvres _ sonates et concertos _ qui couvrent près de quinze  ans de la vie de Mozart. L’interprétation enthousiaste du Consort lui a donné une qualité profonde et délicate. Justin Taylor, successivement au clavecin, à l’orgue et au piano forte, s’y est associé avec une aisance confondante.

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