Le n°7 de Cambini-Paris: la note Haydn


Troisième saison et septième étape de leur Route 68, les Cambini-Paris étaient à nouveau, lundi, au théâtre de Caen. Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, Pierre-Eric Nimylowycz et Atsushi Sakaï ont entrepris de jouer l’intégrale des quatuors de Joseph Haydn (1732-1809), à raison de trois concerts par an. Ce défi inédit les entraîne jusqu’en 2024… Un thème est abordé à chaque soirée. Cette fois, on a parlé de l’art du parfum.

Le Quatuor Cambini-Paris: (de gauche à droite, Pierre-Eric Nimylowycz, Atsushi  Sakaï, Karine Crocquenoy, Julien Chauvin (Photo Franck Juery)
Le Quatuor Cambini-Paris: (de gauche à droite, Pierre-Eric Nimylowycz, Atsushi Sakaï, Karine Crocquenoy, Julien Chauvin (Photo Franck Juery)

Les foyers du théâtre de Caen sont à peine assez grands pour contenir le public venu écouter le quatuor Cambini-Paris. Les plus avisés ont repéré la place de choix qu’offre le balcon juste au dessus, moins tant pour l’acoustique, partout d’excellent niveau, que pour bénéficier d’une vue plongeante sur les musiciens. Clément Lebrun, producteur à France Musique, est fidèle au rendez-vous pour présenter et commenter la soirée.

Comme d’habitude, trois quatuors sont au programme. Celui de ce concert n° 7 fait un grand pont dans la production du compositeur autrichien. On passe d’une de ses premières partitions (Opus 1 n°3) à l’une des dernières (Opus 76 n°4), choisie par tirage au sort lors du précédent concert. Quarante ans (1757-1797) les séparent. Entre, est retenu l’Opus 50 n° 2 (1787).

En répondant à une commande du baron Karl Joseph von Fürnberg, Haydn crée un genre nouveau inspiré du Divertimento baroque, à cette différence qu’il n’utilise aucun instrument à vent. Que des cordes, avec deux violons qui se répondent, tandis que violoncelle et alto assurent une base rythmique. Cinq mouvements se succèdent, qui sont autant de miniatures.

L’Opus 50 qui suit donne la mesure des apports trouvés par Haydn et qui enrichissent le genre. L’œuvre fait partie de « Quatuors prussiens », ainsi nommés en raison de leur dédicace au roi Frédéric-Guillaume II. On est frappé par la subtilité de l’agencement, « à partir d’idées simples », comme le souligne Clément Lebrun qui en retient aussi la légèreté et l’humour. Ainsi de ces ruptures dans le deuxième mouvement, qui s’apparentent à des hésitations ; ou, au contraire, de l’emballement du troisième et dernier mouvement.

Peut-on parler de musique comme on parle de parfum ? Certainement. Peut-on imaginer aussi quelles pouvaient être les odeurs dominantes, au XVIIIe siècle, dans un salon de musique par exemple ? Invitée sur l’initiative de la violoniste  Karine Crocquenoy, historienne spécialiste du parfum, Elisabeth de Feydeau fournit de passionnantes explications.

On ne qualifie pas encore de « nez » le créateur de parfum. Cette notion est associée au grands couturiers du XXe siècle dont la notoriété s’étend alors à des fragrances devenues mythiques pour certaines. A l’époque de Haydn, il revenait à un parfumeur (tout simplement) de devoir rendre un lieu agréable, d’y laisser un « sillage » par-dessus, entre autres, l’odeur des chandelles qu’on ne savait pas encore parfumer.

L’encens et la myrrhe _ qui renvoient aux rois mages _, l’essence de fleur d’oranger (le néroli) et l’amande amère (la fève tonka) sont les quatre notes dominantes alors. Mais s’amorce l’innovation des huiles essentielles qui s’affranchissent des saisons. Au petit exercice des correspondances entre parfum et musique, les Cambini traduisent par un accord en suspension les senteurs de la fève tonka, tandis que l’encens inspire au quatuor une ambiance plus minérale.

Mais c’est par une note qu’on qualifierait d’impressionniste que se présente l’Opus 76 n°4 en si bémol majeur. L’œuvre lui a valu de surnom de « Lever de soleil », d’où on peut imaginer des senteurs d’herbes mouillées par la rosée et dans l’air celles de pierres qui commencent à chauffer. Une fois que le soleil a commencé à émerger de l’horizon, le temps paraît brusquement se raccourcir, notamment l’été. Le troisième et dernier mouvement de l’Opus 76 joue de cette accélération virtuose. Son interprétation donne chaud au cœur.

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Concert du lundi 17 décembre 2018, au théâtre de Caen. Prochain rendez-vous de la Route 68, le mardi 8 janvier, 20 h. L’œuvre tirée au sort est l’Opus 64  n°3 en si bémol majeur. On y parlera aussi de la musique tsigane au temps de Haydn avec Iurie Morar, cymbaliste. semihi

Poupées de cire, poupées de « Songs »

Avec son ensemble Correspondances _ ici en petit effectif _ Sébastien Daucé entraîne, au théâtre de Caen, dans la musique anglaise du XVIIe siècle. « Songs » pourrait n’être qu’un récital tout consacré à l’étonnante voix de Lucile Richardot. Mais avec la complicité de Samuel Achache, metteur en scène, et de la scénographe Lisa Navarro, le  concert bénéficie d’une enveloppe théâtrale originale et surprenante.

 

(Photo Jean Louis Fernandez).
L’alto Lucile Richardot, entourée des comédiennes Margot Alexandre et de Sarah Le Picard. (Photo Jean-Louis Fernandez).

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Balte d’ouverture aux Boréales

Les pays baltes sont mis à l’honneur pour la 27e édition des Boréales. Les trois petits pays que sont la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie ont une grande tradition de chant vocal. C’est un florilège de la « Musica Baltica » qu’ont offert, et pour la première fois réunis au théâtre de Caen, l’Orchestre régional de Normandie, l’Orchestre de l’Opéra de Rouen et le Chœur de chambre de Rouen.

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Amical, musical, ça rime à Deauville…

On a maintes fois noté le climat amical qui caractérise les éditions successives du festival de Pâques et de l’Août musical de Deauville. Amical, musical ces deux adjectifs sont faits pour s’entendre. Le dernier concert du rendez-vous estival 2018 en a apporté la démonstration tant par le choix du programme que par la prestation des jeunes interprètes.

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L’Août musical s’annonce fraternel

Août musical, 17! « Antichambre », du festival de Pâques de Deauville, comme aime à le qualifier son directeur musical, Yves Petit de Voize, ce rendez-vous estival pourrait s’apparenter au jeu des sept familles, tant il est placé sous le signe de la fratrie. Ainsi, des Bellom, des Fouchenneret, des Girard, qui, entre autres musiciens, vont faire vivre la salle Elie-de-Brignac au fil de neuf concerts.

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Les vertiges du « grand huit »

On prend les mêmes et on recommence… Ou pour user du vocabulaire sportif, on ne change pas une équipe qui gagne. La formule a valu pour les trois premiers concerts du 16e Août musical de Deauville. On a ainsi retrouvé pour cette troisième soirée les pianistes Guillaume Vincent et Philippe Hattat, et le Quatuor Hanson, qui,  avec les violonistes Shuichi Okada et Brieuc Vourch, l’altiste Manuel Vioque-Judde et le violoncelliste Adrien Bellom, a formé un huit majeur. Son interprétation de Menselssohn et, la veille, de Chostakovitch, aura marqué l’auditoire.

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Un Barbier de Séville sémillant au théâtre de Caen

Dix-huit mois de régime sans scène, il tardait au théâtre de Caen de retrouver son public. Et réciproquement. C’est avec une évidente gourmandise, que les spectateurs ont découvert la salle et ses nouveaux fauteuils. Mais la transformation la plus spectaculaire… ne se voit pas. Elle réside dans un matériel technique high tech des coulisses jusque dans les hauteurs au dessus du plateau. Elle autorise les performances les plus pointues.

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Polyfollia : « les bonnes idées ne meurent pas »

«  Ces dix ans ont été une merveilleuse aventure artistique et avant tout une grande aventure humaine. » Dimanche soir, salle Beaufils, l’ultime concert de Polyfollia a été précédé par les remerciements de Jacques Vanherle à l’adresse de tous ceux qui ont apporté leur contribution au festival.

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Festival de Pâques, la Deauville touch

 

Après trois week-ends intenses de musique de chambre, le festival de Pâques a quitté, samedi soir, sa salle fétiche Elie de Brignac. Harmonieusement rénovée depuis deux ans,  elle n’a rien perdu de ses qualités acoustiques, qui  avaient plu à Yves Petit de Voize. En jetant son dévolu sur cette enceinte destinée aux ventes de chevaux, le manitou en chef du festival avait pu surprendre. Mais ce sont tout autant des cracks qu’il y fait découvrir, au travers d’un choix d’œuvres aussi  étonnant que pertinent.

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