Les Fourberies de Scapin: l’affaire est dans le sac


La troupe dela Comédie française termine au théâtre de Caen une tournée avec « Les Fourberies de Scapin » dans une mise en scène de Denis Podalydès. L’esprit de Molière qui souffle dans l’illustre maison se trouve là merveilleusement ravivé sous la conduite de Benjamin Lavernhe et de Didier Sandre. En Scapin et en Géronte, les deux comédiens forment un duo détonant. A voir jusqu’à vendredi.

-Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 Un fond de cale, l’escalier d’une jetée en bois, un panier à crustacés, un palan; en arrièreplan, la grande reproduction d’une marine avec une galiote, voiles déployées. On est dans le port de Naples, où le retour prématuré de leurs pères respectifs, Arganteet Géronte, menace les situations d’Octave et de Léandre. Les deux jeunes gens savent les intentions paternelles d’un mariage arrangé pour l’un comme pour l’autre.

Or Octave a déjà bravé l’autorité du géniteur. Il a épousé la belle Hyacinthe. Léandre  est, lui, amoureux de Zerbinette, une jolie diseuse de bonne aventure. Il persuade Scapin, son valet, de leur venir en aide. L’idée est de soutirer de l’argent aux deux pères pour assurer aux deux couples une position conforme à leurs amours. Seulement, Argante et Géronte sont comme des camarades de promotion d’Harpagon : de véritables grippe-sous.

 Le filou de Scapin déploie tous ses talents de bonimenteurs pour embobiner les vieux. A Géronte, le plus dur à la détente, il sort une histoire d’enlèvement et de rançon, qui vaut de la bouche du parcimonieux cette lamentation fameuse : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Léandre et Scapin sont censé savoir répondu à l’invitationde monter sur un navire turc. A leur insu, le bateau s’est éloigné du port. Le valet a été lâché sur une petite embarcation avec pour mission de revenir sans délai avec de l’argent.

Scapin fait payer les atermoiements de Géronte  par quelques solides corrections. Il convainc le père de Léandre de se cacher dansun grand sac, au prétexte qu’on cherche à lui régler son compte, Puis, il fait croire que ces poursuivants soupçonnent sa présence pour dépoussiérer la toile de  jute à grands coups de bâtons! L’énergie incroyable de Benjamin Lavernhe en Scapin efflanqué fait monter la scène à des sommets comiques.

Denis Podalydès en déploie tous les ressorts. Ils vont des procédés de  la commedia dell’arte aux trouvailles d’un Charlie Chaplin et autres mimiques d’un Louis de Funès. En passant par les méthodes de Guignol. On se retrouve devant le castelet du marionnettiste, quand le comédien invite le public à appeler Géronte ou lorsqu’il confie le bâton à un enfant du premier rang.

L’excellent Didier Sandre incarne le malheureux Géronte, dont l’embonpoint n’amortit que peu les agressions répétées. Jamais deux sans trois. C’est quand même à la troisième reprise que, suspicieux de la réalité d’une patrouille de spadassins,il sort du sac la tête toute meurtrie. Scapin ne s’en aperçoit pas tout desuite, concentré qu’il est à imiter bruits et voix…

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Avec ce Scapin, Molière s’est en quelque sorte lâché, inspiré dit-on par la personnalité de Scaramouche. Le bandit napolitain fait partie de ces héros populaires qui jalonnent l’histoire. Ils sont, plus ou moins fantasmés, ces redresseurs de torts, aux dépens des puissants. En ce sens, le bourgeois Géronte n’est pas ménagé. Molière ajoute une deuxième couche d’humiliation.

 C’est  Zerbinette qui s’en charge. En toute innocence, car elle ignore l’identité de l’infortuné (il a été délesté de 500 écus !). Campée par  Elise Lhomeau, elle lui dévoile, avec abondance de rires en cascade, le stratagème dont il est victime. Somme toute, comme il faut bien une fin, les deux couples se trouvent assortis, ainsi qu’Argante et Géronte le souhaitaient

 Sans douteMolière a-t-il expédié la conclusion de l’histoire. Il est à deux ans de la fin de sa vie quand il écrit Les Fourberies avec un Scapin que rien n’arrête. L’auteur se plaît à secouer les tabous sur le mariage en plaçant d’entrée une union libre. De même, il confère à Zerbinette une personnalité de jeune femme affranchie. Il se découvre à la fin qu’elle est la fille même d’Argante enlevée il y a des années par des pirates égyptiens. Ce qui a précipité le consentement de son père.

De tous ses aspects, Denis Podalydès se joue avec gourmandise au fil de tableaux irréprochables. Y contribuent la scénographie du patron, Eric Ruf, les costumes signés Christian Lacroix, sous les lumières subtiles de Stéphanie Daniel. Bref, la qualité Comédie française à laquelle participent les rôle tenus par Birane Ba (Octave) ;Bakary Sangaré (Silvestre) ; Gilles David (Argante) ; Jennifer Decker(Hyacinthe) ; Jean Chevalier (Léandre) ; Maïka Louakairim (Carle) ;Aude Rouanet (Nérine).

Représentations données au théâtre de Caen, du mardi 11 au vendredi 14 décembre 2018.

Poupées de cire, poupées de « Songs »

Avec son ensemble Correspondances _ ici en petit effectif _ Sébastien Daucé entraîne, au théâtre de Caen, dans la musique anglaise du XVIIe siècle. « Songs » pourrait n’être qu’un récital tout consacré à l’étonnante voix de Lucile Richardot. Mais avec la complicité de Samuel Achache, metteur en scène, et de la scénographe Lisa Navarro, le  concert bénéficie d’une enveloppe théâtrale originale et surprenante.

 

(Photo Jean Louis Fernandez).
L’alto Lucile Richardot, entourée des comédiennes Margot Alexandre et de Sarah Le Picard. (Photo Jean-Louis Fernandez).

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« Le dernier métro », drôle de rame

Célèbre film de François Truffaut, « Le dernier métro » est un hommage du cinéma au théâtre. Le metteur en scène franco-suisse Dorian Rossel rend la pareille en transposant le film sur les planches. Le spectacle vient d’être accueilli au théâtre de Caen. Autant on avait été séduit par son adaptation de « Voyage à Tokyo »  du cinéaste japonais Yasujiro Ozu, autant cette nouvelle production laisse un sentiment mitigé.

Photo: Carole Parodi

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Zingaro: danse avec les chevaux

Bartabas a planté le chapiteau de son théâtre équestre Zingaro à la Colline aux oiseaux. Quatre ans après son troublant et trépidant « Calacas », le célèbre et singulier maître de manège ouvre à nouveau la saison du théâtre de Caen. « Ex Anima » offre un spectacle tout à la fois insolite et captivant, dont les chevaux sont les héros. A voir jusqu’au 25 octobre.

 (Photo Marion Tubiana) Lire la suite Zingaro: danse avec les chevaux