Un « Dom Juan » de bruit et de fureur

Avec « Dom Juan ou le Festin de Pierre », Molière venait bousculer le bal des hypocrites _ l’affaire « Tartuffe » n’est pas loin. Pour cette pièce singulière, le metteur en scène David Bobée, directeur du Théâtre du Nord, opte pour un personnage moins séducteur que prédateur. Il ne le ménage en rien dans un spectacle où les saillies comiques d’un Sganarelle sont submergées par l’énergie féroce et pathétique de son maître. Elle bascule vers la dramaturgie shakespearienne, soutenue par une musique percutante jusqu’au KO fatal. Une distribution cosmopolite caractérise aussi ce travail, qui tient le spectateur en haleine.

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« On achève bien les chevaux », « hippodrame »

Du célèbre roman d’Horace Mc Coy, « On achève bien les chevaux » (1935), le cinéaste Sydney Pollack a tiré une adaptation marquante, en 1969, avec la remarquable Jane Fonda. Le transposer au théâtre était un défi que se sont lancés le chorégraphe Bruno Bouché et les metteurs en scène Clément Hervieu-Léger et Daniel San Pedro. Danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra du Rhin, comédiennes et comédiens de la Compagnie des Petits Champs ont investi la scène du théâtre de Caen dans un tourbillon haletant.

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« La Puce à l’oreille », sosie fan tutte…

Un Feydeau par la Comédie Française est une occasion qui ne se manque pas. Le public du théâtre de Caen ne s’y trompe pas, qui emplit les cinq représentations de « La Puce à l’oreille ». La pièce n’avait pas été montée depuis son entrée dans le répertoire de la prestigieuse compagnie, en 1978 ! La metteuse en scène suisse Lilo Baur, familière de la maison Molière, s’en est emparée avec la complicité active d’une troupe au diapason d’un vent de folie. Une cure de rire bien salutaire.

Deux femmes, Raymonde Chandebise (Anna Cervinka, à droite) bien décidée à piéger son mari, Victor Emmanuel, avec la complicité de son amie Lucienne Homénidès de Histangua (Pauline Clément). Photo Brigitte Enguerand.

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« L’Avare », l’impayable Jérôme Deschamps!

Au moment des fêtes de fin d’année, propices aux cadeaux, programmer « L’Avare » ne manquait pas de sel ! N’empêche, c’est un généreux présent qu’a proposé le théâtre de Caen dans cette production menée par un Jérôme Deschamps… impayable dans le rôle d’Harpagon. Sa mise en scène sobre toute portée vers le texte n’en est que plus efficace. Les répliques font mouche, servies par une distribution séduisante, de laquelle émergent un remarquable Valère (Geert Van Herwijnen) et une pétulante Frosine (Lorella Cravotta).

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« Ma cassette, ma cassette!… » (Photo Juliette Parisot).

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« Œdipe roi », attention les dieux

Avec « Œdipe roi », Éric Lacascade remonte aux sources du théâtre. Vieille de près de 2 500 ans, la tragédie de Sophocle continue de « parler » sur les rapports de puissance _ ici entre les dieux et hommes _ et leurs conséquences sur la vie de la cité. Œdipe en concentre toute l’électricité, à la fois paratonnerre et fusible, en fils d’un destin, dont il se croyait préservé. La mise en scène sobre et l’excellence de comédiens ajoutent à la valeur des mots du dramaturge grec. Une interprétation saisissante, au théâtre de Caen.

Christophe Grégoire incarne le rôle titre de la pièce de Sophocle. Ici au paroxysme du drame, quand, Œdipe, roi déchu, s’est crevé les yeux, paria condamné à l’exil avec ses filles, Antigone et Ismène  (Photo Frédéric Iovino).

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« L’Orage »… ô désespoir!

 

Anton Tchekhov, le célèbre auteur de « La Cerisaie » a été précédé par de glorieux aînés. A quatre semaines d’intervalle, le théâtre de Caen en aura fait découvrir deux figures majeures du XIXe siècle russe : Tourgueniev avec sa pièce la plus connue, « Un mois à la campagne » ; et là, Alexandre Ostrovski, dont 2023 marque le bicentenaire de la naissance. « L’Orage » fit son succès dès la première représentation, à Moscou, en 1859. Denis Podalydès reprend ce drame, à l’écriture rafraîchie à nos jours par Laurent Mauvignier. Sa mise en scène perspicace est servie par un jeu fin, où la drôlerie précède la tragédie.

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« Un mois à la campagne », l’amour en fuite

Pensionnaire de la Comédie Française, Clément Hervieu-Léger s’échappe parfois de la maison de Molière pour monter des spectacles avec sa Compagnie des Petits Champs, installée dans l’Eure. Sa mise en scène de la pièce la plus célèbre d’Ivan Tourgueniev (1818-1883), « Un mois à la campagne » est un bijou de finesse et d’intelligence. Elle est excellement servie par une distribution sans faille. Confrontation de sentiments à l’issue désenchantée, l’œuvre annonce Tchekhov. C’était au théâtre de Caen.

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Magdalena et les albums du père Cantor

Seconde épouse de Jean-Sébastien Bach, Anna Magdalena Wilcke vécut près de trente auprès de celui qu’elle appelait « la musique sur terre ». La musique justement ne cessa d’accompagner leur amour, à l’épreuve de morts d’enfants, de difficultés financières. Un spectacle intime imaginé par Agathe Mélinand évoque avec finesse le destin de cette femme exceptionnelle. Il se déroule comme on feuillette son Petit livre de musique que lui avait offert son Cantor de mari. Cette évocation par deux comédiennes, une claveciniste et un pianiste, a été chaleureusement accueillie dans les foyers du théâtre de Caen. Trois soirées à guichet fermé.

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« Othello », ou le mouchoir mouchard

« Othello », dont la première représentation date de 1604, dénote dans l’œuvre de William Shakespeare (1564-1616). Elle est rarement jouée au théâtre et son garde surtout en mémoire son adaptation cinématographique par le grand Orson Welles. Il y est moins question de bataille que de jeux d’influence. Le metteur en scène Jean-François Sivadier en tire les ficelles avec une délectation rusée. Une distribution en pleine forme y concourt. En tête, le toujours excellent Nicolas Bouchaud, manipulateur en chef dans le rôle de Iago, distillateur de poison verbal. C’est au théâtre de Caen jusqu’à ce samedi soir.

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« Les Fourberies de Scapin », les facéties de Porras

Quatre après « Les Fourberies de Scapin », version Denis Podalydès et les comédiens du Français, le Théâtre de Caen a accueilli l’interprétation d’Omar Porras et de sa compagnie helvète. D’une adaptation à l’autre, on mesure combien le génie de Molière inspire et prête à des variations recevables. Celle du metteur en scène colombien verse bien dans son style, offrant une démesure salutaire, colorée et musicale. Un bain de jouvence pour passer d’une année à l’autre.

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