L’hommage du Festival de Pâques à Olivier Greif

C’est à un grand rendez-vous qu’invitait samedi 1er mai le festival de Pâques de Deauville, via internet. Cette soirée était dédiée au regretté Yves Pouliquen, disparu en février 2020. Sous l’impulsion du célèbre ophtalmologiste et académicien, la Fondation Singer-Polignac, dont il était le président, est devenue un lieu de résidence parisien pour des jeunes musiciens talentueux. Le programme était aussi un hommage au compositeur Olivier Greif 1950-2000), avec un programme construit autour de deux de ses œuvres et de pièces vocales de Schubert et Mahler. Le baryton Edwin Fardini s’y est révélé magnifique.

 

On se souvient encore du choc provoqué, à la 18e édition du festival, en 2015, par l’interprétation de « La Danse des Morts » d’Olivier Greif. Ce quadruple concerto pour violon, alto, violoncelle et piano avait été saluée par une chaleureuse ovation du public deauvillais. La plupart des auditeurs découvraient cette œuvre grave et profonde se clôturant par une tarentelle tourbillonnante, telle une tornade orchestrale.

Le choc était toujours présent, samedi dernier 1er  mai, même par écran interposé. Curieuse impression quand même que cette vision de l’Atelier de Musique, l’orchestre du festival. Tous les musiciens des pupitres de cordes portent des masques, qui tirent sur les oreilles et dont le noir est à peine égayé par le logo du festival.

Petite laine

Conséquence des exigences sanitaires, c’est une atmosphère spectrale qui se dégage de l’ensemble. Et la chaleur d’un public faisant défaut, il manque sans doute quelques degrés dans une salle Elie-de-Brignac enveloppée par un vent de nord-est. Au point que plusieurs musiciennes optent pour une petite laine ou un châle. Derrière les cordes, les vents se tiennent à distance. Là, la dispense de masques s’impose.

Toutes ces contraintes ne nuisent en rien  à la qualité des interprétations. On aura compris que le programme verse dans une certaine austérité. Trois lieder de Schubert ouvrent la soirée, dont le célèbre « Roi des Aulnes » (Erlkönig) de Goethe. Largement mis à contribution au cours de ce concert, Edwin Fardini, lauréat de la 3e édition des Voix d’Outre-Mer, déploie un timbre franc, subtil dans les nuances.

Performance

Il supplée à la défaillance du jeune baryton allemand, Thomas Stimmel, initialement prévu et qui a déclaré forfait à peine plus d’une semaine avant le 1er mai. C’est dire aussi la performance du suppléant, entouré d’attention de la part de ses camarades de l’Atelier de Musique, sous la conduite inspirée de Pierre Dumoussaud.

Car l’Atelier réunit la fine fleur des jeunes chambristes, les membres des quatuors Girard, Agate et Elmire et l’ensemble à vents, la Fresque, tous résidents de la Fondation Singer-Polignac. L’interprétation des « Rückert-Lieder » de Gustav Mahler témoigne de cette même tension positive entre le chanteur et l’orchestre. Elle suit celle de la Symphonie pour voix de baryton et orchestre d’Olivier Greif.

Double enregistement

Le compositeur s’est appuyé sur des textes de Paul Celan, poète roumain de langue allemande qui fut naturalisé français. La Symphonie écrite en 1997, poussée par  une hâte féconde, dès que Greif en fit la découverte, fait écho aux « Chants de l’âme ». Ceux-ci, au programme du Août Musical (versant estival du festival de Pâques) de 2019, ont  fait l’objet d’un enregistrement avec Marie-Laure Garnier, mezzo-soprano, et Philippe Hattat, piano. Paru chez B. Records, dans la collection Deauville Live, il a été récompensé par un « Choc » Classica.

La Symphonie et le Quadruple Concerto, enregistrés à leur tour, à l’occasion de ce 1er mai, forment le deuxième volet d’un hommage à Olivier Greif, disparu comme Paul Celan à l’âge de 50 ans. La première œuvre avait été créée, salle Gaveau, en  février 1998, par les Musiciens de la Prée et le baryton Jacques Loiseleur de Longchamps, sous la direction de Jérémie Rohrer.

Fièvre créatrice

Dénuement et atmosphère crépusculaire dominent cette Symphonie en cinq mouvements brefs. Le Quadruple Concerto s’inscrit dans une même fièvre créatrice, à deux ans de la mort du compositeur. Car c’est toujours une réflexion sur la mort qui inspire Olivier Greif, néanmoins réputé pour son caractère enjoué. L’œuvre témoigne de ses liens d’estime profonde avec  Yves Petit de Voize,  qui en fut  dédicataire, à l’occasion du festival de Cordes-sur-Ciel (Tarn), l’été 1998.

Le directeur du festival de Pâques ne l’a pas oublié avec l’inscription au programme et l’enregistrement de cette œuvre saisissante encore trop méconnue. Face à l’Atelier de Musique, Pierre Fouchenneret, au violon, Lise Berthaud, à l’alto, Yan Levionnois, au violoncelle, Philippe Hattat, au piano, forment un quatuor de solistes expérimentés. Tous avec l’orchestre font évoluer cette « Danse des morts » vers ce qui est justement qualifié de « transe macabre » au fil d’une partition exigeante et virtuose.

Concert du samedi 1er mai 2021, salle Elie-de-Brignac, à Deauville.

Prochain et dernier concert, samedi 8 mai 2021, 20 h 30, sur les sites RecitHall, France 3 Normandie et Facebook.

Conçu par le pianiste Bertrand Chamayou, toujours fidèle au festival, ce sera un riche programme de musique française. Il rend à la fois justice et hommage au génie brillant et voluptueux de Saint-Saëns, Chabrier et Hahn, très enregistrés au disque, mais trop peu présents au concert.

Avec Amaury Coeyraux, violon ; Victor Julien-Laferrière, violoncelle ; Marcel Cara, harpe ; Bertrand Chamayou et Théo Fouchenneret, piano.

 

 

 

 

 

 

 

 

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