Haydn, Mozart, Beethoven, tiercé gagnant


Le soleil généreux du jour de Pâques offrait une délicieuse soirée propice au concert, le deuxième de cette édition 2019 du festival deauvillais. L’affluence était sensiblement plus importante que la veille. Haydn, Mozart, Beethoven sont des valeurs sûres. Mais elles n’expliquent pas plus de remplir ou presque la salle Elie-de-Brignac que Schumann, Brahms ou Mendelssohn.

Les interprètes du Septuor de Beethoven, de gauche à droite; Julien Chauvin, Pierre-Eric Nimylowycz, Michele Zeoli, Victor Julien-Laferrière, Nicolas Chedmail, Javier Zafra, Toni Salar-Verdù. (Photo Claude Doaré).

Doit-on avancer que l’esprit de découverte n’anime pas tous les auditeurs du festival ? Le quatuor vocal L’Archipel est encore tout jeune, alors que les interprètes de cette soirée dominicale ne sont plus des inconnus des mélomanes. Le violoniste Julien Chauvin, le violoncelliste Victor Julien-Laferrière et même le claveciniste Justin Taylor ont déjà un « palmarès » imposant.

Le programme germanique, comme la veille, constitue un « classique » de la musique de chambre, dont Joseph Haydn est le précurseur. Julien Chauvin fréquente ses partitions depuis un bon moment et même intensément depuis bientôt trois ans. Le chef du Concert de la Loge s’est engagé avec son autre formation, le Cambini-Paris, à jouer l’intégrale des soixante-huit quatuors du compositeur.

Cette « Route 68 » a commencé en novembre 2016. Elle est accueillie régulièrement au théâtre de Caen, à raison de trois concerts et neuf interprétations par saison. Cela nous entraîne à l’horizon 2024. Le prochain rendez-vous est dès ce jeudi 25 avril. Entretemps, Julien Chauvin aura pris le temps de se rendre à Saint-Etienne, où il dirige la production de « Cendrillon » de Nicolas Isouard.

Mais revenons à « Papa Haydn », qui inaugure un pianoforte en cette année 1788. Il écrit une série de trios pour cet instrument nouveau. Celui utilisé pour ce concert lui ressemble probablement. Il a gardé la forme d’un clavecin mais sonne bien sûr différemment avec ses cordes frappées et non plus « pincées ». Il s’en dégage une sonorité délicate, presqu’enfantine sous les doigts fulgurants de Justin Taylor.

Le jeune pianiste a déjà travaillé avec Julien Chauvin, notamment pour des Sonates de Mozart et Beethoven. Le violoncelle de Victor Julien-Laferrière s’adjoint subtilement aux deux autres instruments pour une interprétation aux nuances chantantes du Trio n°26 en do mineur.

Le Quatuor n°2 pour piano et cordes en mi bémol majeur de Mozart précède de deux ans le Trio de Haydn. Mais le protégé du prince Esterhazy a déjà fait du quatuor une forme musicale bien élaborée. Dans l’œuvre de son benjamin, l’alto y a bien sa place _ ici joué par Pierre-Eric Nimylowycz, membre du Cambini-Paris _  mais pas de deuxième violon. Le quatrième instrument est le piano. On se rapproche ainsi d’un mini-concerto. Au fil des trois mouvements, s’engage une conversation, d’où le pianoforte s’échappe comme dans une réflexion à voix haute pour revenir à un dialogue serein et jovial. Le piano s’éclipse pour la dernière œuvre du programme. Pour son Septuor opus  20, Beethoven convoque la famille des cordes, que rejoint le contrebassiste Michele Zeoli, et trois vents _ clarinette, basson, cor.

L’infatigable Julien Chauvin est toujours à la manœuvre pour ce septuor né avec le XIXe siècle. C’est toujours de la musique de chambre, mais on s’approche aussi de la symphonie. L’intervention de la clarinette de Toni Salar-Verdù, du basson de Javier Safra et surtout du cor de Nicolas Chedmail, donne une atmosphère de kiosque d’une station thermale d’Europe centrale. Avec ce pétillant final revigorant chaleureusement salué.

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Concert donné le dimanche 21 avril 2019, salle Elie-de-Brignac, à Deauville.

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