L’Août musical s’annonce fraternel

Août musical, 17! « Antichambre », du festival de Pâques de Deauville, comme aime à le qualifier son directeur musical, Yves Petit de Voize, ce rendez-vous estival pourrait s’apparenter au jeu des sept familles, tant il est placé sous le signe de la fratrie. Ainsi, des Bellom, des Fouchenneret, des Girard, qui, entre autres musiciens, vont faire vivre la salle Elie-de-Brignac au fil de neuf concerts.

 

Un frère (ou une sœur) peut en cacher un(e) autre. Il y a déjà les frères La Marca, Adrien et Christian-Pierre, respectivement altiste et violoncelliste ; autre violoncelliste, Victor Julien-Laferrière, a une sœur violoniste, Alice. Deauville reste dans leurs carrières un point de référence, comme il l’est devenu pour le violoniste Pierre Fouchenneret et le pianiste Guillaume Bellom, dont on découvre qu’ils ne sont pas les seuls dans leurs propres familles à flirter avec l’excellence musicale. Adrien Bellom joue du violoncelle, Théo Fouchenneret, du piano. Tous deux font désormais partie du club de la villa Pégase. Sans parler des Girard, cette étonnante fratrie capable de former à elle seule un quatuor et sa doublure !

Bien sûr, la dix-septième édition d’Août musical ne se circonscrit pas à cette caractéristique. Son ouverture, samedi, confirme l’esprit de détection et de transmission qui définit cette manifestation de musique de chambre. L’exemple en est donné d’entrée par le « quatre mains » associant Guillaume Vincent, un habitué désormais de Deauville et Philippe Hattat, repéré en avril dernier au 22e festival de Pâques dès le premier soir dans le concerto grosso n°1 d’Alfred Schnittke.

Les deux pianistes se partagent le clavier pour interpréter les cinq miniatures de « La Mère l’Oye » de Maurice Ravel. Le compositeur avait écrit ces cinq contes à l’attention de deux enfants d’amis, Mimi et Jean Godebski. L’enchantement demeure intact à l’audition de ces pièces, dont le « Jardin féerique » en contient synthèse encore colorée par les aigus extrême- orientaux de « Laideronnette, impératrice des pagodes ».

Guillaume Vincent et Philippe Hattat ont la cohabitation complice, penchés identiquement sur leurs partitions assurant les tempi lents dans une physionomie de ralenti. Parfois, ils poussent le mimétisme en s’inclinant de côté de façon synchronisée. Il revient une image, celle des « inséparables », ces lovebirds en cage qui, dans la voiture de l’héroïne des « Oiseaux » incarnée par Tippi Hedren, dans  le film d’Alfred Hitchcock,  suivent ainsi les virages… que les deux pianistes vont aborder dans un bis autrement accéléré. Pour cela, ils entraînent dans « Le Bal », la dernière des douze pièces de « Jeux d’enfants » du compositeur Georges Bizet. On reste sur la thématique de l’enfance, mais cette fois dans un « galop » qui s’impose dans la salle des yearlings…

Retour au clavier pour Guillaume Vincent, qui tient le rôle de « grand frère » _ tout reste relatif _ auprès de Shuichi Okada, Brieuc Vourch, Manuel Vioque-Judde et Adrien Bellom, participants de fraîche date aux concerts de la salle Elie-de-Brignac. Tous cinq sont réunis pour le Quintette pour piano et cordes  M.118 d’Anton Webern. Cette œuvre de jeunesse_ l’élève de Schönberg a 24 ans _, la première à avoir été interprétée en public en 1907 _ se déploie en un seul mouvement. Au cinéma, on parlerait d’un long plan-séquence. On y perçoit « l’ADN » du corpus de Webern et de ses sonorités nouvelles. Elles dégagent une atmosphère qui inspirera bien des musiques de films. Ce quintette offre aussi à chaque musicien de se distinguer sans se détacher du groupe. Ce que chacun fait avec bonheur.

Remonter de Webern à Brahms marque une cohérence programmatique, du moins dans son espace romantique. Compositions à la maturation lente, les deux premiers quatuors à cordes de Brahms (opus 51) sont nés sous le ciel bavarois l’été 1873. Naissance gémellaire s’il en est tant les deux œuvres sont proches par leur couleur heureuse et animée. C’est l’opus 51 n°2 qu’interprète le Quatuor Hanson. Cette formation a cinq ans d’âge, nourrie par le créateur et maître à penser du genre, Joseph Haydn. Deauville ne lui est plus inconnue, qui a vu ses membres participer au dernier festival de Pâques.

Guidé par le violoniste Anton Hanson, à la double culture japonaise et occidentale, ce quatuor est constitué de Jules Dussap, second violon, Gabrielle Lafait, alto, Simon Dechambre, violoncelle. Sous sa silhouette fluette, le premier violon révèle une détermination d’airain associée à une finesse d’archet. Elle  caractérise le jeu d’Anton Hanson entouré par la connivence souriante de ses partenaires. L’œuvre de Brahms tout à la fois rigoureuse et mouchetée d’originalités se trouve subtilement servie au cours des quatre mouvements et son final virtuose. En bis, le Quatuor Hanson revient à ses fondamentaux, avec Haydn et un extrait de son quatuor opus 76 n°2, dit « Les Quintes ». Il ne s’agit pas de toux, mais du terme de solfège (l’intervalle de cinq degrés dans la gamme) ! Deux quintes descendantes caractérisent le premier mouvement de ce quatuor.

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Concert donné le samedi 28 juillet 2018, salle Elie de Brignac, à Deauville. Prochains concerts : mardi 31 juillet (Liszt, Messiaen, Chostakovitch, Schumann) et mercredi 1er août (Manuel de Falla, Martinu, Mendelssohn) avec les mêmes interprètes que pour la soirée d’ouverture. Rens : musiqueadeauville.com

(1)  A noter que le Quatuor Cambini-Paris, mené par Julien Chauvin s’est lancé depuis saisons dans l’intégrale des 68 quatuors de Joseph Haydn, à raison de trois concerts de trois œuvres par an, au théâtre de Caen. Ce qui entraîne vers l’horizon 2025…

(2) Autre projet soutenu, lui, par le label du festival de Pâques B. Records, l’enregistrement de l’intégrale de la musique de chambre de Brahms. Pierre Fouchenneret, violon ; Lise Berthaud ; François Salque, violoncelle ; Eric Le Sage, piano, se sont lancés dans cette entreprise avec un premier volume consacré aux quatuors pour piano et cordes. En vente les soirs de concerts.

 

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