Debussy, Franck et deux des Six


Après Nicholas Angelich, c’est un autre « historique » du Festival de Pâques qui a enchanté la salle Elie-de-Brignac. Le violoniste Renaud Capuçon partageait l’affiche du 1er Mai avec le pianiste Bertrand Chamayou après de leurs jeunes collègues de l’ensemble à vent Ouranos et de l’Atelier de musique. On l’attendait dans la Kammermusik n°4 pour violon et orchestre de Paul Hindemith. Changement de programme. C’est avec les célébrissimes Sonates de Claude Debussy et de César Franck qu’a été assurée la première partie de cette soirée.

Les conséquences d’un accident de ski sont les raisons officielles, pour lesquelles Renaud Capuçon a dû renoncer à interpréter l’œuvre initialement prévue pour ce concert du 1er Mai. Elles ne lui ont pas laissé assez de temps pour peaufiner son travail sur la « Kammermusik » de Paul Hindemith (1895-1963). Les mélomanes intéressés par le compositeur allemand, naturalisé américain, auront eu la possibilité d’entendre une autre de ses œuvres, le lendemain jeudi 2 mai.

Le violoniste s’est donc rabattu sur deux « tubes » du répertoire, avec la complicité de Bertrand Chamayou, par ailleurs invité pour l’ « Aubade pour piano et orchestre » de Francis Poulenc. La Sonate pour piano et violon n°3 en sol mineur (1917) de Claude Debussy et la Sonate de César Franck en la majeur (1886) comptent parmi les chefs d’œuvre du genre avec la deuxième Sonate de Gabriel Fauré.

Après l’année Debussy

Elles font aussi partie du répertoire de prédilection des deux musiciens. Ils ont eu, par exemple, l’occasion d’enregistrer ensemble à l’occasion du centenaire de la mort de Claude Debussy, l’an dernier, en 1918. Cette Sonate n°3 est d’ailleurs la dernière œuvre du compositeur. Il est très malade quand il l’écrit. A la création, salle Gaveau, en mai 1917, pour le Foyer du soldat aveugle il fait sa dernière apparition publique.

En dépit d’élans lumineux, la Sonate dégage des sentiments angoissés. Sa tonalité est sombre, voire secrète. Toujours élégant, le violon de Renaud Capuçon , rend merveilleusement perceptibles les nuances de cette œuvre assez brève (trois mouvements en douze minutes environ). Le piano de Bertrand Chamayou y répond avec la franche clarté qui caractérise son jeu fin.

Ces qualités se retrouvent sans surprise dans la Sonate de César Franck. Ecrite vers les dernières années de sa vie, cette pièce est tout à la fois resplendissante et émouvante. Le compositeur l’a dédicacée à son compatriote le violoniste belge Eugène Ysaÿe. La phrase initiale du premier mouvement est tout de suite identifiable confère un côté proustien, dont les deux musiciens s’acquittent avec brio.

Ballet

Leur interprétation des deux Sonates montre à quel point un concert en direct reste un moment unique. La deuxième partie de la soirée offre en plus le plaisir d’entendre des œuvres moins diffusées. On connaît « Le Bœuf sur le toit » de Darius Milhaud. « La Création du monde », est un autre volet de son écriture expressive, magnifiée par les sonorités des cuivres et des vents (ah, ce saxophone !) et des recherches rythmiques tout à fait séduisantes.

L’influence du jazz, que le compositeur découvre au cours d’un séjour à Harlem, en 1922, est évidente. Milhaud en fait son miel avec ses accents à la Gershwin _ son cadet de six ans _, que saura aussi exploiter un Georges Delerue. Une commande des Ballets Suédois permet au compositeur de mettre en musique les impressions qu’il rapporte des Etats-Unis. Un livret de Blaise Cendrars donne corps à cette « Création du monde ». La première représentation a lieu dès 1923 avec des décors et costumes de Fernand Léger.

On aimerait pouvoir imaginer ce qu’a pu donner le spectacle dans son entier. Mais la version de concert des dix-sept musiciens de l’Atelier de musique et de l’ensemble offre ici un souvenir épatant. La direction de Pierre Dumoussaud, sautillante et imagée y participe. Il enchaîne avec l’Aubade pour piano et orchestre d’un autre membre du fameux Groupe des Six, Francis Poulenc.

Concerto chorégraphique

L’œuvre est inspirée du sort de la déesse Diane et de sa solitude. Le compositeur en parle comme d’un « concerto chorégraphique » pour danseuse (ce sera Bronislava Nijinska, la sœur de Nijinski) et dix-huit instruments. L’effectif relativement réduit répond au lieu de la création, en 1929, un salon de l’hôtel du Vicomte de Noailles. N’empêche, la partition de Poulenc fait sonner l’orchestre comme deux !

Le compositeur exploite là aussi les richesses sonores des pupitres des cuivres et vents. Le piano de Bertrand Chamayou n’est pas en reste avec des exploits virtuoses introduits par une toccata explosive. Pierre Dumoussaud en perd presque sa chemise, tandis que le pianiste apporte une dernière touche à cette interprétation.  Elle ne manque pas non plus de moments tranquilles. Déjà monté haut après la première partie du concert, l’applaudimètre atteint un nouveau seuil. Ce qui vaut un rappel apprécié.

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Concert donné le mercredi 1er mai, salle Elie-de-Brignac, à Deauville. 

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