Amical, musical, ça rime à Deauville…

On a maintes fois noté le climat amical qui caractérise les éditions successives du festival de Pâques et de l’Août musical de Deauville. Amical, musical ces deux adjectifs sont faits pour s’entendre. Le dernier concert du rendez-vous estival 2018 en a apporté la démonstration tant par le choix du programme que par la prestation des jeunes interprètes.

 

Ismaël Margain, Guillaume Bellom, les noms des deux pianistes sont régulièrement associés, depuis un premier enregistrement Schubert réalisé ensemble. Là encore, il s’agit du compositeur autrichien, auteur, il y a pile deux siècles, d’une ode à l’amitié, un rondo pour quatre mains. Cette courte pièce est intitulée « Notre amitié est invariable ». On doit ce titre à Anton Diabelli, lui aussi compositeur, qui publiera l’œuvre après la mort de Schubert.

On sait le bon tempérament de Franz Schubert, dont on se dit parfois qu’il a pu en être sa propre victime. Mais là, à l’évidence, c’est le plaisir de partager un clavier qui prévaut dans cette pièce. Sa mélodie tient du sifflotement. Elle éveille une chanson postérieure de plus d’un siècle, « Avoir un bon copain », dans la version française du film « Le chemin du paradis ». Ismaël Margain et Guillaume Bellom en traduisent toute l’entente complice.

Certes, l’œuvre qui  suit, la Sonate pour violon et piano n°2 pour violon et piano de Gabriel, Fauré n’entre pas dans cette tonalité. On est en 1916, dans les pires moments de la guerre des tranchées. Le compositeur est à Evian, mais il ne peut en méconnaître les affres. Son œuvre entraîne dans un lyrisme intime.

Le violon de Pierre Fouchenneret se fait chant, dont Théo Fouchenneret, le frère, assure un accompagnement au piano. Et va même au-delà, tant la partition implique un dialogue fait de relances de conversation, mais sous un mode quasi tonal. Les deux interprètes excellent à rendre une atmosphère d’inquiétude intérieure.

 

Avec le Terzetto pour deux violons et alto opus 74 d’Anton Dvorak, la deuxième partie du concert renoue avec l’ambiance amicale. Le compositeur tchèque l’écrit en 1887 pour pouvoir jouer avec deux voisins violonistes de son appartement pragois. Il s’agit d’amateurs certes mais d’excellent niveau. Il le faut pour aborder cette œuvre charmante émaillée de pièges techniques.

Au vrai, Dvorak vise trop haut. L’un des destinataires, un étudiant en chimie, ne pourra créer l’œuvre, trop difficile pour lui. Pour le consoler, Dvorak lui composera des « Miniatures », plus abordables. On retrouve Pierre Fouchenneret avec David Petrik, autre violoniste familier de Deauville, et un nouveau venu, l’altiste Mathis Rochat. Tous trois n’ont pas ce problème de niveau. Ils restituent l’humeur heureuse qui préside cette partition qui s’achève dans une cadence très slave.

Slaves sont aussi les Danses du même Dvorak, qui s’inscrivent entre les Danses hongroises de Brahms, dans le final du concert. Certaines sont parfaitement connues comme la 5e de Brahms. Mais dans le choix qu’ont réalisé Guillaume Bellom et Ismaël Margain, pas une ne résonne tôt ou tard dans les mémoires.

Les deux pianistes renouent là avec l’esprit du duo que formaient Brahms, au piano, et son ami, le musicien hongrois Eduard Remenyi. En tournée en Allemagne, ils achevaient fréquemment leurs concerts par les danses du pays du violoniste. Ambiance garantie. Là, il s’agit d’un quatre mains au piano. Mais l’enthousiasme de Guillaume Bellom et d’Ismaël Margain, en alternance avec Théo Fouchenneret, a tôt fait de se propager dans la salle Elie-de-Brignac. Et plus fort encore, quand les trois pianistes se lancent dans un six mains acrobatiques pour la 6e et la 4e Danse de Brahms. Le spectateur n’a pas trop de ses deux pour applaudir ce feu d’artifice.

 

Concert du samedi 11 août 2018, salle Elie-de-Brignac, à Deauville.

 

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