Hanson et Schubert, la mort aux trousses

Schubert et Brahms en conclusion du 16e Août musical de Deauville, avec ces deux grands et deux chefs d’œuvres emblématiques du répertoire chambriste, c’est mettre tout de suite à l’épreuve des nouveaux venus à  ce rendez-vous estival. Ce sont encore des jeunes doués, ceux du Quatuor Hanson,  qui ont fait une lecture poignante de « La Jeune fille et la mort ». Le pianiste Jean-Paul Gasparian a rejoint la formation pour une interprétation d’une audace fougueuse du quintette opus 34.

Lire la suite Hanson et Schubert, la mort aux trousses

Bellom-Margain, les gémeaux du piano

Soirée des contrastes pour le troisième concert de l’Août musical de Deauville. Mozart d’abord avec son quintette pour clarinette et cordes avec Raphaël Sévère et le Quatuor Zaïde, un must de la musique de chambre au caractère aérien et bucolique. Rachmaninov et Chostakovitch, ensuite, dans deux œuvres pour deux pianos, double Everest de difficultés, franchi avec brio par Guillaume Bellom et Ismaël Margain. Il en restera une gravure CD.

Lire la suite Bellom-Margain, les gémeaux du piano

« Messiaen » accompli, « Zaïde » à bon port…

 

 

 Présenté comme l’antichambre du festival de Pâques de Deauville, l’Août musical offre non seulement l’occasion de révéler des interprètes prometteurs, mais aussi d’entendre des œuvres qui ne courent pas sur les ondes  ou dans les salles de concert. Yves Petit de Voize, l’incontournable directeur de ces éditions deauvillaises, a le chic de faire plancher ces jeunes talents sur des partitions qui nourrissent des programmes subtilement dosés.

  Lire la suite « Messiaen » accompli, « Zaïde » à bon port…

« Correspondances », le c(h)œur à l’ouvrage

Le Mid Summer Festival du château d’Hardelot, à Condette, dans le Pas-de-Calais,  est une destination à connaître. On y célèbre l’entente cordiale par les arts dans un théâtre élisabéthain, inspiré du « Globe » de Shakespeare. On sent encore le bois tout neuf dans ce bijou architectural signé Andrew Todd. Cette rotonde à trois niveaux sonne avec bonheur. L’ensemble Correspondances de Sébastien Daucé y a fait entendre Charpentier et Purcell autour du mythe d’Orphée.

(DR)

Entre Boulogne-sur-mer et Le Touquet, la forêt d’Hardelot forme une large bande verte longeant le littoral avec son sable à perte de vue. Ici les côtes anglaises  sont visibles. Plus encore si l’on remonte vers les deux caps de Gris et de Blanc-Nez. Ces sites remarquables font mesurer aussi les espoirs amèrement contrariés de milliers de réfugiés convaincus que leur planche de salut se trouve  là-bas à quelques dizaines de milles nautiques.

Ici l’histoire est imprégnée des relations, parfois compliquées, entre les deux côtés de la Manche. On évitera les sujets qui fâchent pour ne plus  retenir que l’entente cordiale (née sous la monarchie de Juillet et toujours en cours). Elle donne son nom au centre culturel qu’est devenu le château d’Hardelot, manoir néo-Tudor entièrement rénové. Implanté tout à côté et ouvert il y a un an, son théâtre élisabéthain apporte une structure permanente. Jusqu’alors, le Mid Summer Festival, lancé en 2009, se déroulait dans un équipement du même type, mais qu’il fallait monter et démonter.

Foin des spéculations sur le Brexit, on aura compris que l’esprit d’Hardelot cultive les rapprochements, les associations entre Albion et le continent. Le concert conçu par Sébastien Daucé avec son ensemble Correspondances l’illustre. « Le Chant d’Orphée » alterne la musique de Marc Antoine Charpentier et celle de son alter ego british Henry Purcell. D’un côté les deux actes de « La Descente d’Orphée aux enfers, de l’autre des extraits de « Welcome to all the pleasures » et de « The Fairy Queen ».

On sait ce qu’il en coûte à Orphée de se retourner pour voir si Eurydice le suit. Pourtant le plus dur est fait. Pluton a cédé à la requête de laisser revenir l’aimée dans le monde des vivants, à condition d’attendre la sortie des enfers… Charpentier fait exception à la conclusion tragique de l’histoire. Son opéra s’arrête au moment où Pluton précise à Orphée de ne pas regarder derrière lui, au risque qu’Eurydice disparaisse définitivement.

A qui attribuer cette fin ouverte ? Au librettiste, qui n’a pas laissé son nom à l’œuvre, ou au compositeur ?  Lully cesse de faire la pluie et le beau temps dans le monde musical. Il n’est plus. Pour Charpentier plutôt confiné à des œuvres religieuses c’est le moment d’aborder le lyrique, tandis que duchesse de Guise lui offre son protectorat. Ainsi nait vers 1697 « La Descente d’Orphée aux enfers », petite forme opératique caractéristique du compositeur par son intensité.

En faisant intervenir Purcell dans ce programme, Sébastien Daucé apporte un éclairage nouveau à l’ouvrage de Charpentier. Les deux musiciens sont contemporains déjà. L’opéra commence sur une note allègre, qu’introduit pertinemment l’ode aux plaisirs du compositeur anglais. De même, au final sous l’emprise du chant charmant d’Orphée répond chez Purcell un chœur sur le même thème.

Les styles reconnaissables chez chacun des deux musiciens se trouvent comme finement entremêlés. Mais on retient quand même dans l’acte 2 l’acuité des déplorations où n’interviennent plus en accompagnement des chants le jeu des trois violes et du violoncelle. De son séjour en Italie, Charpentier conserve des leçons. Elles ne sont pas sans évoquer la musique d’autres « Orfeo », comme celui de Luigi Rossi.

Depuis son orgue, Sébastien Daucé conduit avec douceur et précision musiciens et chanteurs. Lucile Richardot a la responsabilité de la partie anglaise. La mezzo mène ses soli avec une assurance confondante. Pour le reste, elle se fond dans les chœurs avec la foi du collectif. Du groupe se détachent des parties solistes, toutes excellemment interprétées. On distinguera celle de la soprano Rachel Redmond dans le rôle d’Oenone. Chez les hommes, on retient les extrêmes, le haute contre David Tricou, en Orphée à la fois fragile et déterminé et la basse Nicolas Brooymans, en Pluton imposant d’autorité et pourtant vulnérable.

L’acoustique remarquable du bâtiment ajoute à la proximité de la scène. Il en résulte une connivence palpable. Elle se traduit par un bis bienvenu avec la reprise du chœur de fin qui d’Orphée chante cette « voix touchante, qui nous sourit, qui nous enchante… »

__________________

Concert du jeudi 29 juin 2017, au théâtre élisabéthain du château d’Hardelot. Pour connaître le programme du Mid Summer Festival : www.chateau-hardelot.fr

 

Le programme « Le Chant d’Orphée » sera repris le jeudi 31 mai 2018, au théâtre de Caen, où l’ensemble Correspondances est en résidence et en ouvrira la saison avec « Le Ballet royal de la nuit », jeudi 9, samedi 11 et dimanche 12 novembre 2017. www.theatre.caen.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La “dream team” de Vaclav (Lucky) Luks…

Le théâtre de Caen termine magnifiquement sa saison avec « Arsilda, regina di Ponto ». Vieux de trois siècles, l’opéra d’Antonio Vivaldi offre, à travers une histoire plutôt tarabiscotée,  toute une gamme de variations sur le jeu des hypocrisies et des vrais-faux contrats de confiance. La mise en scène judicieuse de David Radok  et la direction subtile de Vaclav Luks à la tête du Collegium 1704 en font un spectacle saisissant. La première a eu lieu, en mars dernier, au théâtre national de Bratislava, la capitale de Slovaquie. Elle était servie par une « dream team » de chanteuses et chanteurs. La même que l’on retrouve à Caen. Que demande le peuple ?

(Photo Petra Hajska).

Lire la suite La “dream team” de Vaclav (Lucky) Luks…