Le Triomphe de l’Amour, leurre c’est leurre

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Le  théâtre de Caen accueille, jusqu’à samedi, « Le Triomphe de l’Amour » de Marivaux dans une mise en scène de Denis Podalydès. Le spectacle créé aux Bouffes du Nord fait l’objet d’une longue tournée. C’est son seul passage en Normandie. L’occasion est trop belle pour ne pas manquer cette démonstration ciselée du désir amoureux et du jeu de la séduction. Où la naïveté peut tromper et aussi se méprendre.

LE TRIOMPHE DE L AMOUR de Marivaux Mise en scene : Denis Podalydes Direction Musicale : Christophe Coin Scenographie : Eric Ruf Costumes : Christian Lacroix Lumieres : Stephanie Daniel Son : Bernard Vallery Avec : Edwige Baily : Hermidas Stephane Excoffier : Leontine Dominique Parent : Dimas Jean-Noel Broute : Arlequin Leslie Menu : Phocion Thibault Vincon : Agis Maison de la Culture d Amiens Amiens le 19 mai 2018 © Pascal Gely
De gauche à droite: Dominique Parent (Dimas); Stéphane Excoffier (Léontine); Thibault Vinçon (Agis); Leslie Menu (Phocion); Jean-Noël Brouté (Arlequin); Edwige Baily (Hermidas).
© Pascal Gely

Après « Les Fourberies de Scapin », c’est une nouvelle mise en scène de Denis Podalydès qui se présente au théâtre de Caen. Cette fois le sociétaire de la Comédie Française ne s’est pas entouré de consœurs  et confrères de la Maison de Molière, mais d’une équipe d’acteurs, dont une partie appartient à la « bande de Versailles » de son cinéaste de frère, Bruno. S’y ajoute le violoncelliste Christophe Coin, natif de Caen, dont on connaît la belle carrière de soliste et de chef d’orchestre.

« Le Triomphe de l’Amour » n’est pas la pièce la plus jouée de Marivaux. Sa première représentation, en 1732, avait été fraîchement reçue. On ne comprenait pas qu’une princesse puisse se travestir pour conquérir le cœur d’un jeune homme et troubler à la fois celui d’un philosophe et de la sœur de ce dernier ! Même transposée dans une Sparte imaginaire, la comédie n’avait pas emporté d’adhésion du public, qui s’est rattrapé ensuite.

Racine en modèle

Il faut revenir à l’intérêt qu’y porte Denis Podalydès. Le comédien du Français s’attache à la passion de portait Marivaux à Racine, à la façon dont le dramaturge décrit le trouble amoureux et les ravages qu’il peut provoquer. Si l’auteur du « Triomphe » ne versifie pas comme son prestigieux aîné, ni ne verse dans la tragédie, on ne peut que les rapprocher sur leurs qualités stylistiques et leur art dans la description des méandres sentimentaux.

En cela, « Le Triomphe de l’Amour » est un grand bonheur d’écriture classique où se glissent avec une aisance élégante les imparfaits du subjonctif. On est aux antipodes des « tweets » réducteurs de pensée, qui ne prétendent pas, il est vrai, à la forme théâtrale… Mais la force de désaccoutumance à ce mode d’expression du XVIIIe siècle freine sans doute au départ l’appréhension de l’intrigue, ajoutée au phrasé un peu timide des deux comédiennes, Leslie Menu et Edwige Baily.La première est cette princesse Léonide, qui, sous des habits masculins, se présente sous le nom de Phocion.

Elle est accompagnée de sa suivante, Corine, qui, elle aussi déguisée en homme, répond à celui d’Hermidas. Léonide a un but politique, réunifier son royaume par le retour d’un prince exilé, Agis. Le déchu vit chez Hermocrate. Le philosophe a créé une petite société à l’écart du monde. Lui et sa sœur, Léontine, célibataire sage et résignée, vivent des choses de l’esprit. L’amour n’y a pas sa place.

Amour, amitié… Telle est la question dans le stratagème imaginé par la princesse Léonide déguisée en homme et répondant au nom de Phocion (Leslie Menu) pour séduire Agis (Thibault Vinçon) © Pascal Gely.

Une cabane de jardin dans une nature isolée entourée d’eau symbolise le refuge d’Hermocrate. Les costumes de Christian Lacroix renvoient explicitement au siècle de Marivaux. En revanche, on peut voir dans le décor signé Eric Ruf (autre complice des « Fourberies ») une référence à certaines communautés « écolos » au radicalisme teintée d’utopie. Et  c’est là que débarquent Léonide-Phocéon et Corine-Hermidas.

Le code des appeaux

Leur premier contact est assez brutal par la personne du jardinier Dimas puis du valet Arlequin. L’un est aussi massif que l’autre est agile. Tous deux devinent vite le stratagème de « Phocéon », qui sait monnayer leur complicité. Ainsi dans ce manège d’approches et de rencontres communiquent-ils en soufflant dans des appeaux. Les cris d’oiseaux n’étonnent pas en ces lieux. Mais leur imitation intervient comme un code pour éviter tout télescopage de personnages.

Dimas (Dominique Parent) et Arlequin (Jean-Noël Brouté) ont des exigences. Mais Phocion-Léonide (Leslie Menu) a des arguements à leur retourner… (Photo de répétition © Pascal Gely).

Le leurre est à la manœuvre dans ce jeu de dupes. Si Léonide est innocente en amour, elle éprouve vite les usages de l’inclination. Et finit bien par faire franchir cet  « océan » chanté par Pierre Vassilui, qui « va de l’ami à l’amant ». Mais, ce faisant, après avoir élargi son champ de séduction et de flatterie, elle va laisser sur le carreau à la fois Hermocrate, auquel Léonide avoue son vrai sexe ; et Léontine, trompée, elle, par la travestie en Phocéon.

Sous le regard de Christophe Coin au violoncelle, le philosophe Hermocrate (Philippe Duclos) cède au charme de Phocion (Leslie Menu). La désillusion guette… © Pascal Gely

Cette soudaine découverte qui fait s’effondrer les illusions du philosophe et de sa sœur est l’aboutissement comique d’une montée en puissance de l’intrigue. La tête décontenancée d’Agis, qui n’a pas encore compris l’intention de Léonide, ajoute à la drôlerie de la scène. Quand même l’innocence de la princesse ne tournerait-elle pas, malgré elle, à une forme de perversité. Cinquante ans avant « Cosi fan tutte » de Mozart et les « Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, Marivaux ouvre une voie.

Plaisir et chagrin

Outre les intermèdes musicaux de Christophe Coin au violoncelle, Denis Podalydès fait chanter, de façon un peu anachronique, la romance « Plaisir d’amour ». « Qui ne dure qu’un moment », alors que « chagrin d’amour dure toute la vie ». Il faut y voir une prémonition pour Hermocrate et Léontine, excellemment interprétés par Philippe Duclos, grand échalas tout ébaubi et Stéphane Excoffier, passée de la pruderie confuse à l’enthousiasme extatique

Chevelure léonine, Thibault Vinçon incarne un Agis encore interloqué par la tournure des événements, auxquels Dimas et Arlequin apportent un contrepoint hautement facétieux. Jardinier au franc parler picard mâtiné de « ch’ti », Dominique Parent projette l’ombre d’un satyre à la délicatesse éléphantesque, tandis que Jean-Noël Brouté évolue tel un feu-follet trublion. A leurs côtés, Leslie Menu et Edwige Baily retrouvent la noblesse et le rang de leurs personnages, en dépit leur singulière machination.

Représentations au théâtre de Caen, mardi 22, mercredi 23, jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26 janvier 2019. A 20 h. Renseignements : 02 31 30 48 00.

« Jenufa », affaire de femmes et de famille

L’ouvrage lyrique de Leos Janacek, « Jenufa », a fait un triomphe au théâtre de Caen, coproducteur avec l’Opéra de Dijon. Bénéficiant d’une distribution internationale de haut niveau et d’un orchestre, le Czech Virtuosi de Brno, grand connaisseur de la musique du compositeur tchèque, le drame a révélé toute son intensité émotionnelle. Cette version, mise en scène par le prometteur Yves Lenoir, est à inscrire dans les annales.


Tiré d’un récit de Gabriela Pressova de la veine d’une nouvelle de Maupassant. « Jenufa » serait aujourd’hui le type même de « fait divers », sur lequel les médias se focalisent. Ils rivaliseraient d’angles pour le décortiquer et le garder en mémoire pour y revenir sous prétexte de complément d’enquête. Un petit village, une grossesse non désirée, un infanticide, une proximité consanguine, une pression morale fortement teintée de religion, bien des éléments sont réunis qui intéresseraient un sociologue prenant le pouls d’une communauté.

Jenufa, jeune paysanne, est au cœur de cette tragédie tout à la fois ordinaire et exemplaire. Elle attend un bébé. Personne ne le sait. Encore moins le père, son cousin  Steva, dont elle espère qu’il ne sera pas enrôlé dans l’armée. Ainsi, il sera encore temps de se marier et d’éviter le déshonneur. Seulement, les obstacles s’accumulent.

Jenufa (Sarah-Jane Brandon) accueille, heureuse, le retour de son amant Steva Buryja (Magnus Vigilius). Mais la joie va être de courte durée. Photo Gilles Abegg. Opéra de Dijon.

Certes Steva est exempté. Mais Kostelnicka Buryjovka, belle-mère de Jenufa et , voit d’un mauvais œil un mariage entre ce garçon volage, qui lui rappelle trop son feu mari, et la jeune femme. Sacristine à principes, elle impose un délai, dont dépend la conduite de Steva. Lana, demi-frère de ce dernier, en profite pour confirmer son amour à Jenufa. Dans un geste malheureux de jalousie, il la blesse sérieusement au visage.  Elle est défigurée.

Dans un mouvement de jalousie agressive, Lana (Daniel Brenna) blesse Jenufa au visage. Photo Gilles Abegg. Opéra de Dijon.

La mise en scène d’Yves Lenoir ne laisse pas d’indice temporel. L’opéra a été créé en 1904. Mais en rien, on est ramené à ce début de siècle, pas plus qu’on ne se trouve projeté à aujourd’hui. La banalité voulue des costumes et des décors confère son universalité à ce drame, qui en fait une affaire de femmes, malgré elles. L’action, dépourvue d’accessoires superflus, aspire véritablement l’attention du spectateur. Sur fond de morne plaine, un hangar agricole  sert de cadre à l’intrigue du premier acte. Sa façade en tôle ondulée se métamorphose en toit sous lequel vient se greffer un intérieur sous comble. Quelques flocons indiquent un passage en hiver.

C’est là que se noue le malheur dans la maison de la sacristine où se trouve cachée Jenufa. Elle vient d’accoucher d’un petit garçon, dont le sort va lui échapper. Steva ne veut plus d’elle car elle a perdu sa beauté. Kostelnicka Buruyjovka la convainc d’accepter Lana, au prix d’un plan impitoyable. Car, entretemps, la belle-mère a fait disparaître l’enfant dans la rivière gelée. A à la fois pour éviter l’opprobre populaire et pour calmer le tourment de son neveu, le seul à qui elle a fait part de la naissance.

La sacristine annonce à Jenufa qu’elle a déliré de fièvre pendant lesquels le nourrisson est mort. Photo Gilles Abegg. Opéra de Lyon.

Dès le prologue, la musique de Janacek accompagne la montée en puissance d’une fatalité. Nourri aux partitions du compositeur, le Czech Virtuosi, sous la baguette de Stefen Veselka, en développe les riches qualités sonores avec un pupitre de violons saisissant et un soliste à donner la chair de poule. Et quand les vents et cuivres s’en mêlent, on est gagné par cette intensité dramatique déployée par l’intervention des chanteurs et du chœur, impeccable, de l’Opéra de Dijon dirigé par Anass Ismat

La soprano sud-africaine Sarah-Jane Brandon incarne une Jenufa ballottée par les injustices du destin. Au fil des trois actes, elle sait donner une épaisseur psychologique à son personnage. Le poids des déconvenues et des douleurs pèse de plus en plus sur son personnage. Frais et poupin au départ, son visage, à l’instar de sa voix,  en manifeste progressivement les marques.

Sabine Hogrefe, soprano allemande, tient le rôle de la sacristine. Elle est exceptionnelle en Kostelnicka Buryjovka, gagnée par la folie et le remords. Scéniquement, elle agit comme le contraire de sa belle-fille. A la chemise de nuit immaculée de l’accouchée, à laquelle elle prétend que l’enfant est mort des suites de la naissance, elle oppose des vêtements sombres. Au moment des noces, la même sacristine reproche à la pathétique Jenufa ce même type de tenue de « veuve respectable ». Alors que, dans une attitude de totale confusion, elle finit par se présenter en robe de mariée !

Au moment des noces, le drame bascule avec la découverte de l’enfant mort. De gauche à droite: Lana (Daniel Brenna); Karolka (Katerina Hebelkova); Krzysztof Borysiewicz, (le maire) ;Sabine Hogrefe (la sacristine Kostelnicka Buryjovka); Svetlana Lifar(l’épouse du maire); Magnus Vigilius (Steva Buryja); Sarah-Jones Brandon (Jenufa Buryja).

Puissant ténor américain, Daniel Brenna donne presqu’une dimension wagnérienne au personnage de Laca. Caractère entier, il affronte avec une autorité qui ne souffre pas d’objection l’ensemble des villageois prompts à accuser Jenufa d’infanticide. A la faveur du dégel, le corps de l’enfant a été retrouvé. On est au printemps, la scène retrouve le hangar agricole du premier acte. La réaction de Laca pousse la sacristine à avouer son acte et à affronter la justice humaine. Jenufa, elle, pardonne déjà. Elle se réfugie dans l’amour que lui offre Laca.

Symboliquement, cette union implique un patient chemin. Installés à chaque bout de la table, Jenufa et Laca tendent le bras l’un vers l’autre sans  pouvoir lier leurs mains. Il y a encore tant de plaies à cicatriser : le souvenir de l’enfant mort ; le suicide de Steva, qui voit son monde s’effondrer. Le jeune homme volage courtisé pour son statut de meunier prospère a découvert sa paternité. Sa fiancée, Karolka, la fille du maire, n’a pu supporter cette révélation.

Magnus Vigilius, ténor danois, n’a pas l’ampleur vocale de son « rival » Daniel Brenna. Mais il sait donner au personnage de Steva tout son tempérament, d’abord insouciant puis brusquement placé devant ses responsabilités. Tous les seconds rôles sont sur la même ligne qualitative : la mezzo allemande Helena Köhne (la grand-mère Buryjovka) ; Tomas Kral, baryton tchèque (Starek) ; le Polonais Krzysztof Borysiewicz, basse (le maire) ; Svetlana Lifar, mezzo française, d’origine russe (l’épouse du maire) ; Katerina Hebelkova, mezzo tchèque (Karolka). Et pour compléter cette distribution cosmopolite, un trio de jeunes talents, Roxane Chalard (Jano) ; Axelle Fanyo (Barena) ; Delphine Lambert (une bergère).

Représentations données au théâtre de Caen, jeudi 17 et samedi 19 janvier 2019. Opéra chanté en tchèque surtitré en français.

Homonymies, paronymies et autres calembredaines…

Ce « dictionnaire » évolutif à infusion lente est un modeste hommage à Léo Campion (1905-1992), faiseur de bons mots. Sa trouvaille (enfant: fruit qu’on fit) avait réjoui une de mes lectures, il y a fort longtemps…

Aïeul obèse : Gras pater

Alphonse Boudard : cogito argot sum (valable aussi pour Pierre Devaux). Voir aussi « coq gaulois ».

Analyste élégant: Psy chic.

Apprenti djihadiste : contrat de calife.

Art contemporain : néo maccarthysme ou fric-frac.

Artiste oubliée: Chère Sheila.

Atelier du peintre: pièce de Monet.

Attila : steak à cheval.

Auditoire subjugué : bée attitude.

Bachar El Hassad : tueur en Syrie.

Banquier honnête: Emile est décent.

Bible (Torah, Coran). Lettres suprêmes.

Bibliothèque : livre-ensemble.

Blanchiment d’argent: Lavoir de son maître.

Boisson mélancolique : whisky saudade

Bon plan : le sain dessein.

Bouchon: cher hymen.

Boxeur agressif : Cassius belli.

Brexit: L’Harrap’s du Futur.

Capitalisme: L’avoir de son maître.

Cancer: Trop polype pour être honnête.

Carte de France : toile de Jouy.

Casier judiciaire : Omar m’a tuer.

Castafiore (la): Tintin sans MeToo.

Charlatan: Docteur m’abuse.

Chiroubles : inflation en russe.

Cioran : hommage au désespoir.

Clone: Copie qu’on forme.

Cocu: effet de cerf (d’accord me rétorque un ami chasseur, il ne s’agit de cornes mais de bois… Tant pis, je conserve…).

Codex Coeni *: les inédits tsiganes

* nom d’un  cahier de musique du XVII e siècle miraculeusement retrouvé en Transsylvanie.

Coffre-fort : colis Fichet.

Collaboration : Laval qui rit.

Colonialisme: de mal empire.

Coma éthylique : t’es qui là ?

Comice agricole : distribution des pis.

Confusion : monde entier ou mon dentier ?

Confusion (bis) : Sarko n’est pas cossard.

Crise financière au Japon: indice niqué.

Coq gaulois : cogito ergot sum.

Couacs : variations col-vert

Crier avant d’avoir mal: haïku.

Darfour: Les sous damnés de la terre.

Défaite de 1870 : pan sur le bec Bazaine.

Démocratie horizontale: pour vivre heureux, vivons couchés.

Deuil national: Aux larmes, citoyens.

Devin joyeux : pro fête.

Droit de cuissage: Crime de leste majesté.

Eau de vie de cidre (calvados) : A la sueur de Domfront.

Eau stagnante : bue ? colique !

Ecole des talibans: Coran saignant.

Ecolo radical : pas acheté, pas à jeter.

Egocentrisme : but du je.

Enfant illégitime et attardé : le sot du secret.

Enfants soldats : Black « pampers ».

Envoi de farces et attrapes par correspondance : posté rieur.

Epargne: Monnaie de sage

Epilation: corvée d’aisselle.

Esclave : un mâle pour un bien.

Eugénisme : état nazi.

Evêque: Mitre autel.

Exclusion: Les nains et les autres.

Expectorant: Glaire épais.

Faire-part: Carton à desseins.

Fiancé bêta : con promis.

Fête de la musique : marché opus

Fièvre hémorragique : hezbolah.

Fin du monde : désastre des astres.

Flirt: badinage artistique.

Garage : surface de réparation.

Gastro: Affaire courante. Affaire courante tenace: Fidèle gastro.

Gaz asphyxiants : guerre de trachées.

Général chenu : Alexandre le gland.

Général démis: le haut rang sort.

Genèse: Quantique des quantiques.

Gengis Khan : Mongol fier.

Gigolo : test amant.

Gilet jaune: crise de foi.

Gilets jaunes: des potes éclairés (?)

Gilets jaunes (variante): prolétaires, hérissez-vous!

Gilets jaunes (suite): saturday yellow fever.

Glaire: Colle aux quintes

Graine: fœtus de paille.

Gras double: haltère ego.

Gros plant: Jacquot de Nantes.

Gros rhume: Rhino féroce.

Guerre : connerie aux morts.

Hémiplégie : peuple de gauche.

Hémiplégie (bis) : peuple ( ?) de droite.

Hésitation : cerveau frein.

Hésitation mesurée : petit « peut-on ? »

Hollande : Flan flan la tulipe.

Hypocondriaque indécis : toubib or not toubib.

Immaculée conception : do it Youssef.

Jambon: Carné de porc.

Jérusalem: Trafic d’âmes.

Jeune Pan : la flûte en chantier.

Jeune plongeur: Apnée juvénile.

Langage diplomatique : Disons fûté.

Langue de vipère: serpent à  sornettes .

Lapsus calami: Perle à rebours.

Logique : anneau de Satourne.

Logorrhée: L’addiction.

Lucien Clergue : objectif lune.

Maïs transgénique: Céréales killer.

Mano a mano: Les doigts de l’Homme.

Manque de bras : humérus clausus.

Manuel de prestidigitateur : carnet d’adresse.

Marée : effet mer.

Mariage pour tous : occupez vous de vos unions.

Mariage pour tous (bis) : du pacsé faisons table rase

Mariée ivre: Promise cuitée.

Marine et Marion : double peine.

Marseillaise : France Musique.

Massacre à la tronçonneuse : tueur en scierie.

Menace sur les buis: plan Vigipyrale.

Médicament révolutionnaire: Prise de la pastille.

Mention: Succès d’année.

Mer d’Aral: Embruns russes.

Mère porteuse: Acte de ventre

Miel : suc raffiné.

Monocle: Verre solitaire

Muse: Femme de méninges

Musicien ambulant: Jazzy dans le métro

Musique industrielle : en lamineur.

Népotisme: Résultat des burnes.

Omelette : le crépuscule des œufs.

Orateur démagogique : nuit, debout.

Organisation état islamique : Apocalife now.

Origine du monde : pile poil.

Ouvrier turc: Bosse fort.

Paradis chiite : est-ce beau là ?

Paradis fiscal : Comptes en cieux.

Paradoxe: Vichy se trouve dans l’Allier.

Parfum tenace: Les lendemains qui sentent.

Parquet: Dépôt de plinthes.

Pedigree: Label et la bête.

Pédophilie: Maux d’enfants.

Pépin le Bref: Sire concis.

Père Fouettard : Pater austère.

Pistonné: l’être recommandé.

Petit déjeuner au lit : café allongé.

Pléonasme: Occis mort.

Poète enrhumé: La Boétie.

Poète engagé: Rimbaud Warrior.

Poisson d’avril: Fake news

Politiquement correct : la censure sociale.

Prêche sur le net : e.man

Prière de l’énurétique :  Méat coule pas!

Puceau : fleur du mâle.

Purgatoire: Période décès.

Quatuors : entrée des altistes.

Queue de manif: Fléau de 5 à 7.

Rapport consenti: Signature de décharge.

Réchauffement climatique: sommation à la société de c.

Régime draconien: Ascète creuse.

Réseau international de prostitution: Maquereau économie.

Retrait: Sexe contrôle.

Ruffin (François): Fake ire

Salon de coiffure mixte : tif for two.

Satyre : Fesse bouc.

Sauveur de la France ( !) : veni, vidi, vichy.

Savant fou ou tête de linotte: QI cuit.

Sedan : pan sur le bec Bazaine.

Sépulture de Cléopâtre : Tombe aspic.

Sirène infidèle : Sel, mon marin !

Sodome au Vatican: le Siège n’est plus très sain(t).

Solo de viole: Unigambiste.

Steak au poivre. Les feux de la hampe.

Stupéfiant : la came isole

Surendettement: Les crédits font chier.

Surexploitation des océans : ça sushi comme ça !

Surplus de pommes de terre: Gâchis parmentier.

Syncrétisme: Pâté de fois.

Teint de loup de mer : Carmina buriné.

Testament matriarcal: Manuscrit de la mère morte.

Tiercé: Cheval de trois.

Tomate farcie: Coulis piégé.

Tournée du facteur : boucle émissaire.

Travail, famille, patrie: La Maman et le Pétain.

Tromperie (ou trumperie) : ils ont voté Donald, ils ont Dingo.

Trumpisme: Bacille de Koch.

Tube: Voir Mention.

Tueur à gages : sang froid fi loi

Twitter : réseau zozieaux

Vanité: Récipient d’air.

Vétérinaire : panse bête.

Vidal : médical, mes dicos.

Viol: Racket de pénis.

Viticulteur ignorant : chais pas.

Voyage en Tsiganie avec Monsieur Haydn


Route 68, huitième étape. Les  quatre Cambini-Paris ont dépassé le premier tiers de leur voyage musical né d’un projet fou : interpréter l’intégrale des quatuors de Joseph Haydn (1732-1809). Le théâtre de Caen s’est associé à cette entreprise unique. A chaque concert, trois œuvres  et un thème. Cette fois, a été évoquée l’influence de la musique tsigane chez le compositeur. Avec, à la clé, un final époustouflant conduit par l’invité de cette soirée, Iurie Morar, joueur de cymbalum.

Depuis bientôt deux saisons et demie que le Quatuor Cambini-Paris s’est lancé sur sa « Route 68 », son auditoire n’a cessé de croître au théâtre de Caen (1). Les foyers, bien adaptés à la musique de chambre, sont juste assez grands pour accueillir tous les amateurs. L’intérêt de ces concerts est doublé par la présentation qui les accompagne. Producteur à France Musique, Clément Lebrun apporte à chaque un éclairage original, qui tient à un thème sortant des sentiers battus (2).

Il a suffi, cette fois, d’une annotation de Joseph Haydn en tête du troisième mouvement _ un menuet _ de son opus 20 n°4, « A la tziganere », pour que ce huitième concert se penche sur l’influence des musiques populaires d’Europe orientale sur le pensionnaire du prince Esterhazy. Sincèrement, on l’aurait plutôt perçue dans le mouvement suivant, le quatrième et dernier, dans l’interprétation fougueuse donnée par le Quatuor Cambini-Paris avec un premier de cordée, Julien Chauvin, galvanisé.

Peu importe, à vrai dire, l’essentiel était d’imaginer ce que Haydn avait pu percevoir, à son époque, de cette musique qui traversait la mosaïque des pays de l’empire austro-hongrois. Longtemps cantonné dans la résidence du prince Esterhazy, le compositeur n’en avait pas moins l’écoute à l’affût. Le cymbalum, instrument à cordes frappées, est symbolique de ces musiques. Issu du santour perse, il est assimilé aux « verbunkos », ces danses de recrutement militaire qui animaient les cabarets, où les officiers recruteurs allaient faire leur marché.

Plus largement, le cymbalum, surnommé aussi le piano tsigane, est de toutes les fêtes. On lui connaît de nombreuses variantes. La reine Marie-Antoinette en jouait. Stravinsky appréciait ses résonnances et ses possibilités. On pense aussi à Bela Bartok, qui allait collecter les airs traditionnels qui lui ont inspiré de célèbres partitions. De tout cela, Iurie Morar a échangé avec Clément Lebrun. Et puisqu’il fallait bien une démonstration, le musicien d’origine moldave a offert une doïna roumaine, dont la musicalité est apparentée au fado portugais. Nostalgique, le cymbalum peut l’être, comme il peut faire battre les mains et les cœurs d’allégresse.

C’est bien ce qui s’est passé en conclusion de ce concert. Venu rejoindre les musiciens du Quatuor, Iurie Morar s’est fondu dans le groupe dans la reprise du fameux menuet de cet Opus 20 n°4. Puis il a entraîné ses partenaires d’un soir dans une interprétation envoûtante d’airs tsiganes conduit pas des mailloches électrisées. On ne pouvait imaginer que le temps de répétition fût si court.

Et Haydn, au fait ? On ne va pas oublier les trois quatuors interprétés au cours de cette soirée. L’Opus 2 n°1 renvoie aux origines d’un genre que le compositeur va progressivement modeler. On est en 1757. Haydn s’exerce à une formule qui associe danse baroque et sonate pour quatre instruments. On parle alors de divertimento, où en cinq mouvements alternent moments lents et moments plus rapides, plus incisifs.

Ce sont autant de mini-opéras, dont la forme va se stabiliser en quatre mouvements. L’Opus 20 n°4, écrit en 1772, est exemplaire par sa finition, ses qualités d’équilibre. Johannes Brahms avait en sa possession la partition originale, révèle Clément Lebrun. A-t-elle exercé sur lui une fonction paralysante ? Ce n’est qu’à partir de l’âge de 50 ans que le compositeur des fameuses symphonies s’est essayé aux quatuors. Il est vrai que cet Opus 20 est impressionnant, successivement de majesté, d’intimité, de fougue.

Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, aux violons, Pierre-Eric Nimylowycz, à l’alto et Atsushi Sakaï, au violoncelle en font valoir toutes les nuances. L’Opus 64 n°3, qui avait été tiré au sort lors du précédent concert (3) se situe à un tournant important pour Haydn. Il l’écrit juste avant le décès de son protecteur. Dès lors, le compositeur voyagera et entreprendra une grande tournée, en Angleterre notamment.

L’œuvre  déborde d’énergie avec, dans le premier mouvement un violoncelle qui donne la cadence. Comme souvent le mouvement qui suit est plus méditatif puis en relais arrive un moment allègre et sifflotant, invitant à la danse. Et pour finir, c’est comme une conversation qui s’anime avec un thème qui va et revient. La suite avec le cymbalum en a suscité une autre.

Concert donné le mardi 8 janvier 2019, au théâtre de Caen.

  • (1) Le théâtre de Caen vient  de vivre une saison record avec un chiffre de fréquentation de 147 600 spectateurs en 2018. Le meilleur résultat précédent était en 2012 avec 112 000 spectateurs.
  • (2) Le prochain concert, jeudi 25 avril 2019, aura pour thème « Remue-méninges » avec Bernard Lechevalier, professeur et neurologue.
  • (3) C’est l’opus 76 n° 1 qui a été tiré au sort. Il figurera au programme du concert du 25 avril.

« Les p’tites Michu », les deux font la paire


En cette fin d’année bizarre et morose, le théâtre de Caen apporte un souffle salutaire de gaieté en accueillant « Les p’tites Michu ». Remise au goût du jour par la compagnie Les Brigands, cette opérette signée par André Messager (1853-1929) est comme une friandise pétillante. Musicalement, scéniquement, tout fonctionne à merveille en préambule à l’an neuf.

Un amoureux pour deux « sœurs »… Cupidon va remettre de l’ordre dans tout ça. (Photo NP Stefanovitch).

Tout part de l’impair d’un père. Les Michu, qui viennent d’avoir une petite fille, ont en charge une autre enfant du même âge. Ce bébé, dont la maman est morte en couches, leur a été confié par leur père, le marquis des Ifs. En sortant les petites filles de la baignoire, où il les a mises ensemble, Monsieur Michu est incapable de distinguer l’une de l’autre !

Marie-Blanche et Blanche-Marie passent dès lors pour deux sœurs jumelles. Sur ce canevas gémellaire (j’aime l’air), source de quiproquos amoureux, les librettistes Albert Vanloo et Georges Duval ont troussé une histoire savoureuse. Elle a séduit le compositeur André Messager. Sa musique a contribué au succès des « P’tites Michu », dès sa création, en 1897, aux Bouffes du Nord. Des Brigands, on avait pu apprécier sa version loufoque des « Chevaliers de la Table Ronde » d’Hervé, il y a un an dans ce même théâtre de Caen. La compagnie poursuit son exploration du répertoire lyrique léger avec le concours d’Angers-Nantes Opéra et de la Fondation Palazezetto Bru Zane. De l’ouvrage de Messager, Thibault Perrine a réalisé une transcription pour dix chanteurs et douze instrumentistes.

Nul doute qu’elle est fidèle à l’esprit des auteurs guidés par un souci de fantaisie. On est certes hors la période post-révolutionnaire dans laquelle se situe l’opérette à l’origine. L’option du metteur en scène Rémy Barché n’en reste pas moins convaincante dans un temps plus ou moins défini, enveloppé par un univers de couleurs pastel. Il se déroule comme les pages d’un  conte illustré par les délicieux dessins de Marianne Tricot. Projetés en vidéo, ils accompagnent l’action depuis un générique jusqu’au mot « Fin ».

Les deux inséparables Marie-Blanche et Blanche-Marie sortent de l’adolescence quand les premiers émois les mettent en rivalité. Leurs cœurs battent pour le fringant Gaston Rigaud, capitaine de son état (ah, le prestige de l’uniforme). Par ailleurs, il y a Aristide. Le commis des Michu, qui tiennent boutique (beurre, œufs, fromages) aux halles de Paris, se consume pour l’une et l’autre jeune fille sans pouvoir arrêter son choix.

Le retour du marquis, devenu général, ajoute à l’embarras des Michu. Le militaire vient récupérer sa fille qu’il destine… à Gaston. Qui de Marie-Blanche ou de Blanche-Marie est Irène des Ifs ? Pas besoin d’ADN. Le déterminisme social va finalement recadrer les choses. Marie-Blanche est plus à l’aise comme épicière. Elle se révèle aussi une généreuse fine mouche. En quelques transformations de coiffure et un coup de maquillage, elle dévoile en sa « sœur » le portrait de la mère d’Irène.

Violette Polchi et Anne-Aurore Cochet, passée par le conservatoire de Caen, incarnent avec fraîcheur et naturel Marie-Blanche et Blanche-Marie. Leurs voix se mêlent et s’entrecroisent de façon très affûtée. Issu de la Maîtrise de Caen, Jean-Christophe Lanièce reprend le rôle de Gaston avec beaucoup d’aplomb. Son phrasé est exemplaire, comme celui d’Artavazd Sargsyan, Aristide irrésistible au faux-air de Richard Gotainer.

Le comique tient aussi beaucoup au jeu de Marie Lenormand en Madame Michu, forte femme impressionnée aussi par le gradé de marquis (Mathieu Dubroca); et Damien Bigourdan, gaffeur Monsieur Michu, dont la couardise se mesure en hauteur de ses intonations vocales. Ordonnance du général des Ifs, expert en liaisons « maltapropos », Bagnolet (Romain Dayez) ajoute à la drôlerie avec ses démarches « cartoonesques ».

Bien sûr, on pourra trouver dans l’œuvre quelques désuétudes propres à agacer le féminisme d’aujourd’hui. Il convient plutôt de s’en amuser comme y invitent Les Brigands, emportés par la musique lumineuse de Messager excellemment interprétée sous la conduite de Pierre Dumoussaud.

Représentations données au théâtre de Caen, dimanche 30 et lundi 31 décembre 2018.

The Beggar’s Opera: filoucratie à l’anglaise


Créé aux Bouffes du Nord, avant une longue tournée, « The Beggar’s Opera » vient de faire halte pour quatre soirs au théâtre de Caen. Créé ou plutôt recréé. Complices sur un bon nombre de productions, William Christie et Robert Carsen se sont emparés de l’ouvrage de John Gay et Johann Christoph Pepusch qui date de 1728. Le tandem le transpose dans le monde d’aujourd’hui. Le propos ne perd rien de sa charge impertinente, portée par une compagnie épatante et explosive.

Kate Batter (Polly Peachum), Beverley Klein (Mrs. Peachum), Olivia Brereton (Lucy Lockit)(Photo Patrick Berger)

! « The Beggar’s Opera » (L’opéra du gueux) répond à un genre, qui dans l’Angleterre du XVIII e siècle, réplique au style italien. On parle de « ballad opera » tant les mélodies populaires y tiennent une place. La satire, la critique sociale sont au cœur de ce qui s’assimile à un « défouloir » contre les puissants, à l’image des carnavals.

« L’opéra de quat’sous » de Kurt Weill et Bertold Brecht en est directement inspiré. Plus près de nous, le Canadien Robert Lepage en a fait une adaptation rock qu’on a pu voir, en 2004, au théâtre de Caen. Elle visait les dérives du show business. C’était saignant !

Evidemment, il pourrait y avoir tromperie sur la marchanMacheatdise. Déjà, avec l’appellation d’opéra inscrite dans le titre. Et surtout si elle est associée aux noms de William Christie et de Robert Carsen. Le tandem nous ont habitués à des œuvres lyriques d’un autre acabit.

Mais après tout, la tromperie est au cœur même du « Beggar’s Opera » ! L’ouvrage est peuplé de filous, de fripouilles, d’escrocs, de maquereaux, de poules et de gigolettes. Bref tout un monde de petits malfrats et de leurs michetonneuses mené par Macheath. Au sommet de la hiérarchie de cette pègre règne l’expérimenté Peachum.  Dans son entrepôt d’import-export (sic) s’accumulent les caisses de marchandises détournées, « tombées du camion », comme on dit.

Sur scène, un mur de cartons monte jusqu’aux cintres. Rien à voir avec une célèbre enseigne suédoise. On est dans le repaire de Peachum. Poursuivis par des sirènes hurlantes, s’y réfugient une bande de loubards, jogging et sweat à capuche. Du groupe se détache une poignée de musiciens. En un rien de temps, des emballages se transforment en pupitres.

Sur fond de corruption, l’intrigue se joue dans la rivalité entre Polly, la fille de Peachum, et Lucy, la progéniture de Lockit, chef de la police tout aussi peu recommandable. L’enjeu est Macheath. Les deux jeunes femmes se disputent le cœur du beau gosse, aveugles à son cynisme. Les deux beaux-pères présumés sont, eux, loin de trouver en lui la figure du gendre idéal. Chacun a de bonnes raisons de vouloir  lui faire la peau…

Des comédiens, chanteurs et danseurs débordant d’énergie (Photo Patrick Berger)

Avec des allusions aux Tories, au Brexit, Robert Carsen et le dialoguiste Ian Burton s’amusent à piquer de traits d’actualité un texte remodelé avec une bonne dose d’insolence à l’égard d’un monde où affaires et exemplaires riment en grimaçant. A la fois acteurs, danseurs, chanteurs, issus de l’école londonienne de la comédie musicale, les protagonistes de ce « Beggar’s Opera », se fondent à merveille dans la mise en scène dynamique de Carsen.

La distribution est au cordeau, tant par la présence de l’ensemble des participants que par leurs qualités scéniques. Une réserve cependant avec cette impression de formatage des voix chantées, un défaut trop fréquent dans les spectacles musicaux actuels. On fera une exception toutefois pour Kate Baker (Polly), dont le timbre se révèle parfois proche de celui de Joan Baez. Côté maturité, Robert Burt en impose sans forcer dans le rôle de Peachum. Et, drôle à souhait, Beverly Klein, son épouse sur scène, réincarne une Barge Simpson quand sa voix bascule vers le rauque.

Musicalement, les interprètes des Arts Florissants ajoutent au plaisir du spectacle avec un choix d’airs savants de compositeurs renommés (Purcell, Handel)  et de mélodies aux échos familiers. La dizaine de musiciens semble s’amuser autant que le public de cette fable à la morale pas très claire ! Si Macheath sauve sa tête, c’est à la faveur d’un renversement de gouvernement qui laisse sceptique sur la suite des événements. Mais ceci est une autre histoire…

The Beggar’s Opera, représentations données au théâtre de Caen, mardi 18, mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 décembre 2018.

Le n°7 de Cambini-Paris: la note Haydn


Troisième saison et septième étape de leur Route 68, les Cambini-Paris étaient à nouveau, lundi, au théâtre de Caen. Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, Pierre-Eric Nimylowycz et Atsushi Sakaï ont entrepris de jouer l’intégrale des quatuors de Joseph Haydn (1732-1809), à raison de trois concerts par an. Ce défi inédit les entraîne jusqu’en 2024… Un thème est abordé à chaque soirée. Cette fois, on a parlé de l’art du parfum.

Le Quatuor Cambini-Paris: (de gauche à droite, Pierre-Eric Nimylowycz, Atsushi  Sakaï, Karine Crocquenoy, Julien Chauvin (Photo Franck Juery)
Le Quatuor Cambini-Paris: (de gauche à droite, Pierre-Eric Nimylowycz, Atsushi Sakaï, Karine Crocquenoy, Julien Chauvin (Photo Franck Juery)

Les foyers du théâtre de Caen sont à peine assez grands pour contenir le public venu écouter le quatuor Cambini-Paris. Les plus avisés ont repéré la place de choix qu’offre le balcon juste au dessus, moins tant pour l’acoustique, partout d’excellent niveau, que pour bénéficier d’une vue plongeante sur les musiciens. Clément Lebrun, producteur à France Musique, est fidèle au rendez-vous pour présenter et commenter la soirée.

Comme d’habitude, trois quatuors sont au programme. Celui de ce concert n° 7 fait un grand pont dans la production du compositeur autrichien. On passe d’une de ses premières partitions (Opus 1 n°3) à l’une des dernières (Opus 76 n°4), choisie par tirage au sort lors du précédent concert. Quarante ans (1757-1797) les séparent. Entre, est retenu l’Opus 50 n° 2 (1787).

En répondant à une commande du baron Karl Joseph von Fürnberg, Haydn crée un genre nouveau inspiré du Divertimento baroque, à cette différence qu’il n’utilise aucun instrument à vent. Que des cordes, avec deux violons qui se répondent, tandis que violoncelle et alto assurent une base rythmique. Cinq mouvements se succèdent, qui sont autant de miniatures.

L’Opus 50 qui suit donne la mesure des apports trouvés par Haydn et qui enrichissent le genre. L’œuvre fait partie de « Quatuors prussiens », ainsi nommés en raison de leur dédicace au roi Frédéric-Guillaume II. On est frappé par la subtilité de l’agencement, « à partir d’idées simples », comme le souligne Clément Lebrun qui en retient aussi la légèreté et l’humour. Ainsi de ces ruptures dans le deuxième mouvement, qui s’apparentent à des hésitations ; ou, au contraire, de l’emballement du troisième et dernier mouvement.

Peut-on parler de musique comme on parle de parfum ? Certainement. Peut-on imaginer aussi quelles pouvaient être les odeurs dominantes, au XVIIIe siècle, dans un salon de musique par exemple ? Invitée sur l’initiative de la violoniste  Karine Crocquenoy, historienne spécialiste du parfum, Elisabeth de Feydeau fournit de passionnantes explications.

On ne qualifie pas encore de « nez » le créateur de parfum. Cette notion est associée au grands couturiers du XXe siècle dont la notoriété s’étend alors à des fragrances devenues mythiques pour certaines. A l’époque de Haydn, il revenait à un parfumeur (tout simplement) de devoir rendre un lieu agréable, d’y laisser un « sillage » par-dessus, entre autres, l’odeur des chandelles qu’on ne savait pas encore parfumer.

L’encens et la myrrhe _ qui renvoient aux rois mages _, l’essence de fleur d’oranger (le néroli) et l’amande amère (la fève tonka) sont les quatre notes dominantes alors. Mais s’amorce l’innovation des huiles essentielles qui s’affranchissent des saisons. Au petit exercice des correspondances entre parfum et musique, les Cambini traduisent par un accord en suspension les senteurs de la fève tonka, tandis que l’encens inspire au quatuor une ambiance plus minérale.

Mais c’est par une note qu’on qualifierait d’impressionniste que se présente l’Opus 76 n°4 en si bémol majeur. L’œuvre lui a valu de surnom de « Lever de soleil », d’où on peut imaginer des senteurs d’herbes mouillées par la rosée et dans l’air celles de pierres qui commencent à chauffer. Une fois que le soleil a commencé à émerger de l’horizon, le temps paraît brusquement se raccourcir, notamment l’été. Le troisième et dernier mouvement de l’Opus 76 joue de cette accélération virtuose. Son interprétation donne chaud au cœur.

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Concert du lundi 17 décembre 2018, au théâtre de Caen. Prochain rendez-vous de la Route 68, le mardi 8 janvier, 20 h. L’œuvre tirée au sort est l’Opus 64  n°3 en si bémol majeur. On y parlera aussi de la musique tsigane au temps de Haydn avec Iurie Morar, cymbaliste. semihi

« Decadance »: Welcome dans la Gagasphère

Deux soirées n’auront pas été de trop pour accueillir au théâtre de Caen la création emblématique d’Orad Naharin, « Decadance ». Interprété par compagnie junior du chorégraphe israélien _ Bathseva-The Young Ensemble _, le spectacle a emballé le public. L’Opéra de Paris vient d’inscrire la pièce dans son répertoire.

Photo Gadi Dagon

 Personnalité importante de la danse contemporaine, Orad Naharin est un catalyseur d’énergies. Il la développe dans une technique qu’il appelle « gaga ». Cassant les codes du ballet, elle met en œuvre toutes les parties corporelles capables de mouvement et donne au geste une expression détonante, jusqu’à l’éclat de rire général. Cette capacité de réaction évoque les curseurs lumineux sur l’écran de la console  d’un ingénieur du son.

« Decadance »en offre plusieurs exemples. Le ballet est composé d’extraits de créations qui jalonnent la carrière d’Orad Naharin. Ils constituent comme autant de piècesd’un puzzle et peuvent varier d’une représentation à l’autre. Le chorégraphe a imaginé la formule pour les dix ans de sa compagnie, en 2000. Le mot de « Decade » est l’exemple même du faux-ami. Il signifie en français« Décennie » et non pas une période de dix jours. Rien à voir non plus avec la « Décadanse » de Serge Gainsbourg.

Servie par dix-neuf jeunes interprètes explosifs d’énergie et aussi d’une grande maîtrise physique, la danse de Naharin se nourrit d’un large répertoire musical : airs traditionnels israéliens et arabes, mambo, cha cha cha, pop music, standards et mélodies de crooners. Il s’agit le plus souvent d’arrangements avec un son de rythmique poussé. Pieds nus, avec juste-au-corps, tee-shirts et jeans aux couleurs pastel, les danseuses et danseurs enchaînent les figures sans guère derépit.

Si, peut être, lorsqu’apparaissant en costume et chapeau noirs, tels de juifs orthodoxes, elles et ils invitent plusieurs spectateurs à monter sur scène et les entraînent dans une danse somme toute désordonnée. C’est sympathique,  mais on n’en voit pas trop l’utilité quand succède un des morceaux de bravoure de la soirée, tiré  d’« Anaphse », une des premières chorégraphies de Naharin, qui lui valut les foudres des religieux.

Photo Gadi Dagon

Toujours habillés de sombre, assis sur des chaises disposées en demi cercle, les interprètes chantent le « Echad Mi Yodea », sorte de comptine qui énumère de un à treize les enseignements juifs communs. Au terme de chaque strophe, ils se lèvent et sautent l’un après l’autre traçant ainsi dans l’espace une sorte de vague qui fait tomber en bout de chaîne le dernier des leurs. Et ainsi de suite jusqu’à finir en sous-vêtements en envoyant balader au milieu de la scène chaussures, chapeaux, vestons, chemises et pantalons… Comme d’un geste libérateur.

 Représentations données au théâtre de Caen, le mardi 4 et le mercredi 5 décembre 2018.

Les Fourberies de Scapin: l’affaire est dans le sac


La troupe dela Comédie française termine au théâtre de Caen une tournée avec « Les Fourberies de Scapin » dans une mise en scène de Denis Podalydès. L’esprit de Molière qui souffle dans l’illustre maison se trouve là merveilleusement ravivé sous la conduite de Benjamin Lavernhe et de Didier Sandre. En Scapin et en Géronte, les deux comédiens forment un duo détonant. A voir jusqu’à vendredi.

-Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 Un fond de cale, l’escalier d’une jetée en bois, un panier à crustacés, un palan; en arrièreplan, la grande reproduction d’une marine avec une galiote, voiles déployées. On est dans le port de Naples, où le retour prématuré de leurs pères respectifs, Arganteet Géronte, menace les situations d’Octave et de Léandre. Les deux jeunes gens savent les intentions paternelles d’un mariage arrangé pour l’un comme pour l’autre.

Or Octave a déjà bravé l’autorité du géniteur. Il a épousé la belle Hyacinthe. Léandre  est, lui, amoureux de Zerbinette, une jolie diseuse de bonne aventure. Il persuade Scapin, son valet, de leur venir en aide. L’idée est de soutirer de l’argent aux deux pères pour assurer aux deux couples une position conforme à leurs amours. Seulement, Argante et Géronte sont comme des camarades de promotion d’Harpagon : de véritables grippe-sous.

 Le filou de Scapin déploie tous ses talents de bonimenteurs pour embobiner les vieux. A Géronte, le plus dur à la détente, il sort une histoire d’enlèvement et de rançon, qui vaut de la bouche du parcimonieux cette lamentation fameuse : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Léandre et Scapin sont censé savoir répondu à l’invitationde monter sur un navire turc. A leur insu, le bateau s’est éloigné du port. Le valet a été lâché sur une petite embarcation avec pour mission de revenir sans délai avec de l’argent.

Scapin fait payer les atermoiements de Géronte  par quelques solides corrections. Il convainc le père de Léandre de se cacher dansun grand sac, au prétexte qu’on cherche à lui régler son compte, Puis, il fait croire que ces poursuivants soupçonnent sa présence pour dépoussiérer la toile de  jute à grands coups de bâtons! L’énergie incroyable de Benjamin Lavernhe en Scapin efflanqué fait monter la scène à des sommets comiques.

Denis Podalydès en déploie tous les ressorts. Ils vont des procédés de  la commedia dell’arte aux trouvailles d’un Charlie Chaplin et autres mimiques d’un Louis de Funès. En passant par les méthodes de Guignol. On se retrouve devant le castelet du marionnettiste, quand le comédien invite le public à appeler Géronte ou lorsqu’il confie le bâton à un enfant du premier rang.

L’excellent Didier Sandre incarne le malheureux Géronte, dont l’embonpoint n’amortit que peu les agressions répétées. Jamais deux sans trois. C’est quand même à la troisième reprise que, suspicieux de la réalité d’une patrouille de spadassins,il sort du sac la tête toute meurtrie. Scapin ne s’en aperçoit pas tout desuite, concentré qu’il est à imiter bruits et voix…

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Avec ce Scapin, Molière s’est en quelque sorte lâché, inspiré dit-on par la personnalité de Scaramouche. Le bandit napolitain fait partie de ces héros populaires qui jalonnent l’histoire. Ils sont, plus ou moins fantasmés, ces redresseurs de torts, aux dépens des puissants. En ce sens, le bourgeois Géronte n’est pas ménagé. Molière ajoute une deuxième couche d’humiliation.

 C’est  Zerbinette qui s’en charge. En toute innocence, car elle ignore l’identité de l’infortuné (il a été délesté de 500 écus !). Campée par  Elise Lhomeau, elle lui dévoile, avec abondance de rires en cascade, le stratagème dont il est victime. Somme toute, comme il faut bien une fin, les deux couples se trouvent assortis, ainsi qu’Argante et Géronte le souhaitaient

 Sans douteMolière a-t-il expédié la conclusion de l’histoire. Il est à deux ans de la fin de sa vie quand il écrit Les Fourberies avec un Scapin que rien n’arrête. L’auteur se plaît à secouer les tabous sur le mariage en plaçant d’entrée une union libre. De même, il confère à Zerbinette une personnalité de jeune femme affranchie. Il se découvre à la fin qu’elle est la fille même d’Argante enlevée il y a des années par des pirates égyptiens. Ce qui a précipité le consentement de son père.

De tous ses aspects, Denis Podalydès se joue avec gourmandise au fil de tableaux irréprochables. Y contribuent la scénographie du patron, Eric Ruf, les costumes signés Christian Lacroix, sous les lumières subtiles de Stéphanie Daniel. Bref, la qualité Comédie française à laquelle participent les rôle tenus par Birane Ba (Octave) ;Bakary Sangaré (Silvestre) ; Gilles David (Argante) ; Jennifer Decker(Hyacinthe) ; Jean Chevalier (Léandre) ; Maïka Louakairim (Carle) ;Aude Rouanet (Nérine).

Représentations données au théâtre de Caen, du mardi 11 au vendredi 14 décembre 2018.

« Tarare »: « N’avez pas vu Irza?


Avec« Tarare », Christophe Rousset et ses Talens Lyriques  concluent un cycle de trois opéras écrits en français d’Antonio Salieri. L’œuvre traversée par la plume prémonitoire de Beaumarchais (on est à deux ans de la Révolution de 1789) a été jouée au théâtre de Caen. Servie en version de concert par une distribution de premier plan et le concours des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, elle a été chaleureusement accueillie.

 On a souvent placé Salieri dans l’ombre de son génial contemporain, Mozart.  Par delà une rivalité, exagérément mise enavant, on ne peut dénier au compositeur italien des talents d’écriture qu’ildéploya au fil d’une quarantaine d’ouvrages lyriques, notamment. Il vécut aussi deux fois plus longtemps que Wolfgang Amadeus.

 « Tarare »est le troisième des opéras français de Salieri après « Les Danaïdes »(1784) et « Les Horaces » (1786). Christophe Rousset a entrepris de leur redonner vie. La dernière étape de ce projet donne lieu à plusieursconcerts. Ainsi au théâtre de Caen, qui a pu faire fête à l’enfant du pays, CyrilleDubois. L’ancien maîtrisien est aujourd’hui un ténor fort demandé sur la scènelyrique.

C’est luiqui tient le rôle-titre dans cette intrigue, dont on se demande toujourscomment elle a pu échapper aux mailles de la censure royale. Car le livret est une irrévérence pas du tout feutrée contre un pouvoir absolu et un religieux à sa botte. Beaumarchais la situe dans un pays imaginaire, qui tient à la fois de la Perse et de l’Inde.

Atar domine sur le royaume d’Ormuz. Le sultan nourrit une jalousie féroce à l’égard de Tarare  le chef de sa milice. Elle tient autant à la popularité du soldat, modèle d’altruisme, qu’à la personne de belle Astasie qui n’a que le tort de l’aimer. Atar fait enlever la jeune femme, forcée d’intégrer le sérail sous le nom d’Irza. A partir de là, se croisent intrigues, quiproquos et rebondissements, à travers lesquels le livret distille ses charges contre un pouvoir total et solitaire. La fusion des deux adjectifs fait « totalitaire ».

 Au fil de lareprésentation, certaines répliques font écho au climat social de cet automne mouvementé et à quelques propos de ronds-points. A prendre par le sourire évidemment. Comparaison n’est pas raison. En tout cas, Jean-Sébastien Bou incarne parfaitement l’impétueux Atar, capricieux et colérique « Iznogoud »,qui ne se satisferait pas encore d’être calife à la place du calife !

 Sa voix expressive et puissante contraste avec le timbre clair de Cyrille Dubois dans une personnification vertueuse. Le ténor affronte sans coup férir récit et conjuration musicalement redoutables. En Astasie/Irza, La mezzo-soprano KarineDeshayes est toujours aussi superbe d’assurance, mêlée de tragique et de charme.

Dans le rôle de Calpigi serviteur d’Altar, mais aussi proche de Tarare,  Enguerrand De Hys se trouve sur une ligne de crête, sur laquelle il évolue tel un funambule. La drôlerie de ses mimiques aussi discrètes qu’expressives tient de prologue à une qualité constante de chant. Son alter ego féminin, Judith Van Wanroij (Spinette), pétille de ses aigus expressifs.

L’intonation profonde, alliée à une excellente diction (comme tous) de Tassis Christoyannis confère au rôle du grand prêtre Arthénée une solennité, qui contraste avec la réalité d’un personnage corrompu. Jérôme Boutillier, se révèle un excellent Urson, capitaine des gardes d’Atar, quand il raconte au despote le duel entre Tarare et Altamort.

Le fils d’Arthénée, rival du héros, doit à l’interprétation de Philippe-Nicolas Martin une incarnation fougueuse. Un nom à suivre, comme celui de Jérôme Boutillier ou celui de Danoé Monnié. Un temps sortie du chœur des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, la jeune soprano révèle un timbre tout de fraîcheur et de sensibilité, un peu masqué quand même dans un duo avec Judith Van Wanroij.

Le chœur justement. Il offre une réplique impeccable de bout en bout aux solistes dans une orchestration menée avec maestria par Christophe Rousset. Que l’on vous dise quand même que l’opéra se termine bien. Tarare retrouve sa bien-aimée Irza, pardon Astasie, et se voit malgré lui, par la force d’un peuple unanime, devoir régner « par les lois et par l’équité ».

Représentation donnée le dimanche 9 décembre au théâtre de Caen.